Vaccin anti-Covid: QR code et passeport immunologique obligatoires pour voyager ?

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Le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb./DR

La campagne de vaccination est encore en élaboration, selon le ministre de la Santé. Des nouveautés majeures sont annoncées, notamment la mise en place d’un QR code et d’un passeport immunologique, deux mesures qui posent la question de l’obligation de se faire vacciner pour pouvoir voyager.

Plusieurs zones d’ombre persistent sur la campagne de vaccination au Maroc. Dans une interview accordée à la chaîne de télévision 2M, le ministre de la Santé, Khalid AIt Taleb a apporté quelques éclaircissements autour de ce vaccin qui ne sera ni obligatoire, ni gratuit, mais remboursable, a-t-il souligné.

Le ministre a également fait savoir que son département «travaille actuellement avec le ministère de l’Intérieur sur l’aspect légal, logistique et scientifique de cette campagne de vaccination nationale».

Toutefois, aucune date n’a été annoncée officiellement pour la campagne de vaccination, a fait savoir le ministre. Répondant aux informations véhiculées par plusieurs médias, le ministre a également précisé, ce mardi 1er décembre, que «tout ce qui circule autour de l’arrivage du vaccin est faux (…) toute nouveauté à ce sujet sera annoncée par communiqué officiel du Ministère dans lequel nous donnerons tous les détails à ce sujet».

Outre la vaccination elle-même, Ait Taleb a souligné que «les étapes en aval sont d’autant plus importantes» et consisteront en la mise en place d’un QR code unique pour chaque personne vaccinée et a évoqué la volonté d’instauration d’un passeport immunologique dans certains pays.

 

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Dans ce sens, le ministre a affirmé que «les vaccins choisis par le Maroc sont reconnus par l’Organisation Mondiale de la santé et font partie du programme Covax, et donc le vaccin dont bénéficiera le Marocain, lui permettra alors de voyager partout dans le monde».

En effet, l’idée d’instaurer un QR code ou un passeport immunologique ne vient pas du Maroc, mais de certains pays qui voudraient à l’avenir l’exiger à tout voyageur. Il s’agit notamment de l’Australie ou encore de la Chine, qui lors du G20 avait même proposé un système global autour d’un QR code, afin de vérifier le statut d’un voyageur. Un système plus global, car la Chine a déjà recours à des QR codes sur son sol. De deux couleurs, vert et rouge, ce QR code indique l’état de santé de la personne.

Des mesures qui divisent

En Australie, la compagnie Qantas a annoncé qu’elle allait l’exiger à tous ses passagers d’être vaccinés contre le Covid pour pouvoir embarquer. Une première qui devrait être étendue à d’autres pays, selon Le Figaro.

En France, la question fait encore débat. Le secrétaire d’État aux Transports français, Jean-Baptiste Djebbari a estimé ce mardi 1er décembre que «la compagnie australienne s’était exprimée un peu vite et qu’elle n’avait d’ailleurs pas été soutenue par le gouvernement australien», souligne la même source.

Selon Le Figaro, rien n’empêche les compagnies aériennes de revoir leurs conditions. Air France estime toutefois qu’«à ce stade, il n’est pas possible de déterminer les conditions précises qui encadreront le transport des clients une fois le vaccin disponible». Et d’ajouter que la compagnie «suivra les recommandations ou obligations qui seront édictées pour le transport des passagers par les autorités gouvernementales et sanitaires françaises et internationales».

En Grande-Bretagne, Nadhim Zahawi ministre en charge du déploiement du vaccin Covid-19 est allé encore plus loin, suggérant ce mardi 1er décembre que certains lieux tels que les pubs et les restaurants pourraient refuser l’entrée aux gens à moins qu’ils n’aient reçu le vaccin Covid-19, rapporte The Telegraph. Néanmoins, le gouvernement britannique a souligné qu’aucun projet ne se penchait actuellement sur la mise en place d’un passeport vaccinal.

Il faut aussi souligner que ces nouvelles mesures sont rejetées en bloc par plusieurs associations qui les jugent liberticides. Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, déclarait suite à la proposition chinoise: «Méfiez-vous de la proposition du gouvernement chinois de mettre en place un système mondial de QR code. Une focalisation initiale sur la santé pourrait facilement devenir un cheval de Troie pour une surveillance politique et une exclusion plus large, à l’instar des dangers associés au système de crédit social chinois».

Solange Ghernaouti, directrice de  Swiss Cybersecurity Advisory and Research Group, affirme dans une longue tribune que «tracer des déplacements via les téléphones portables et les outils de géolocalisation ne peut empêcher la propagation du virus au sein de la population qui est déjà massivement touchée. Une application informatique, la surveillance numérique ne sont ni un vaccin ni un antidote. Le pistage, traçage (tracking) de personnes infectées a du sens uniquement au début de l’infection, lorsqu’il est encore possible d’isoler les personnes atteintes. Contraindre par la technologie la population n’est pas un remède!».