Un membre du Conseil régional de Marrakech-Safi inculpé pour traite d’êtres humains et sextorsion

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Le procureur général près la Cour d’appel de Safi a déféré devant le juge d’instruction le membre du Conseil régional de Marrakech-Safi, Abdelouahed Atifi. L’élu régional de l’Union Constitutionnelle a été mis en examen dans le cadre d’un lourd dossier pénal relatif à la traite d’êtres humains et l’exploitation sexuelle de ses employées.

Le juge d’instruction du tribunal de Safi, Abdelaziz Hariri, a fixé la première audience d’Abdelouahed Atifi dans le cadre de l’enquête préliminaire au 25 décembre courant, rapporte Al Akhbar dans son édition du jeudi 12 décembre.

Selon le quotidien, une convocation écrite a été envoyée également aux victimes afin qu’elles comparaissent à leur tour devant le juge d’instruction.

Le procureur général du roi près la Cour d’appel de Safi avait, précédemment, chargé la Brigade judiciaire de la Gendarmerie royale de diligenter l’enquête judiciaire.

 

La Gendarmerie saisit le dossier

 

Selon des sources bien informées, le choix de charger cette dernière d’auditionner Abdelouahed Atifi ainsi que les victimes est motivé par la volonté du procureur général de garantir l’autonomie de l’instruction et le bon déroulement de l’enquête judiciaire.

Les mêmes sources indiquent que ce choix prend compte du fait que Abdelouahed Atifi, également  vice-président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de la Région, tisse de bonnes relations avec de hauts responsables de la sûreté et du tribunal de Safi.

Ainsi, la Brigade judiciaire de la Gendarmerie royale a auditionné les victimes dans un premier temps avant d’affronter le mis en cause avec leurs déclarations.

Les victimes ont assuré qu’elles ont été «exploitées sexuellement» par l’homme. L’une des victimes a déclaré dans sa plainte (n°1303/3014) que le prévenu l’a harcelée et violentée.

Une femme de ménage a aussi déposé une plainte (n°3014/1359) dans laquelle elle affirme que «l’élu régional l’appelait au téléphone et lui faisait des propositions explicites de nature sexuelle et la harcelait. Et ce, bien qu’elle mariée et mère de trois enfants». «Quand j’ai refusé ses avances, il m’a licenciée», a-t-elle indiqué dans ces déclarations.

 

L’AMDH fait pression

 

De son côté, l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) qui soutient les victimes a révélé qu’elle a été «contrainte à diffuser des vidéos contenant des témoignages choquants d’employées victimes d’exploitation sexuelle après qu’une lenteur anormale a été enregistrée dans le traitement de ce dossier».

L’AMDH a imputé ce qu’elle a qualifié d’«atermoiement» au fait que «le mis en cause est un homme d’affaires connu et membre d’une instance politique régionale qui a des relations particulières avec de hauts responsables».

Elle a, dans ce sillage, mis en garde contre «une éventuelle influence du cours normal de ce dossier qui est resté gelé pendant longtemps au niveau du parquet de Safi et qui vient de «bouger avec la saisie du juge d’instruction».