Tests PCR: un cahier des charges trop exigeant pour les laboratoires privés

3950

Dans le cadre de sa stratégie de dépistage massif, le ministère de la Santé a intégré la semaine dernière les laboratoires privés dans le circuit d’analyses jusqu’ici réservé à l’Institut Pasteur, l’Institut d’hygiène de Rabat et l’hôpital militaire. Problème: les exigences pointues du cahier des charges empêchent la plupart d’y participer. 

Le ministère de la Santé a décidé la semaine dernière d’inclure les laboratoires d’analyses biologiques privés dans le circuit de dépistage, lit-on ce jour dans les colonnes de L’Economiste. Forts de leur maillage territorial, les biologistes privés avaient adressé un nouveau courrier au ministère de la Santé, mardi 2 juin, pour proposer leurs services pour «réaliser des tests biologiques dans l’objectif de contribuer à l’étude de la séroprévalence dans le pays», rapporte le média.

Face à cette permission s’oppose un cahier des charges très exigeant avec des conditions techniques délicates à assurer. En effet, certains biologistes affirment que les deux types de tests (PCR et sérologiques) sont aujourd’hui difficiles à pratiquer.

Le ministère a autorisé les laboratoires de ville à effectuer à la fois le test PCR, permettant le diagnostic du covid-19, et le test sérologique détectant les anticorps (IgM et IgG) qui révèlent une infection précédente. Le but de l’examen sérologique est simplement de renseigner sur le taux de pénétration du virus parmi la population, précise le quotidien.

 

Lire aussi : Dépistage: les laboratoires privés habilités à mener les tests, leurs prix dévoilés

 

«Nous sommes des professionnels et nous savons utiliser la PCR, une technique que nous déployons déjà pour d’autres pathologies. Nous sommes équipés de technologies modernes avec un processus automatisé permettant de livrer des résultats en seulement 40 minutes, contrairement à la méthode conventionnelle adoptée dans le public, et qui nécessite plusieurs heures. Ce cahier de charges est un manque de considération pour la profession», fustige un biologique à Casablanca, consulté par nos confrères.

«Même l’OMS n’a pas conçu un cahier des charges pareil», renchérit-il.

Un cahier des charges quasi-impossible à respecter

Parmi les critères imposés, présenter des locaux avec une porte d’entrée et une seconde de sortie. «La majorité d’entre nous sont logés dans des appartements et nous ne disposons pas d’un circuit covid-19», énonce à son tour Zineb Zniber, présidente du conseil des pharmaciens biologistes. En cas d’infraction, le retrait de l’autorisation et des sanctions disciplinaires et pénales sont envisagées. Responsable de la coordination nationale des activités de diagnostic du covid-19, l’Institut national d’hygiène a pour mission de superviser et contrôler les laboratoires privés.

D’autre part, chaque test nécessite des réactifs que le ministère a promis de livrer, concernant ceux liés à la PCR, poursuit le quotidien économique.

«Cependant, comme les équipements diffèrent selon les laboratoires, tous ne seront pas compatibles avec ces réactifs», déplore le biologiste casablancais. Finalement, sur les 650 laboratoires privés du royaume, seuls une dizaine de laboratoires privés répartis entre Casablanca, Rabat et Agadir se révèlent aptes à pratiquer les tests PCR.

 

Lire aussi : Covid-19: des laboratoires mobiles bientôt déployés au Maroc?

 

Autre problématique: le cahier des charges diffusé le jeudi 4 juin précise que cette participation sera optionnelle et non rémunérée. Ce dernier point ne fait pas l’unanimité du côté des professionnels. «Cela engendre des charges supplémentaires, sachant que nous sommes déjà affaiblis par la crise», explique le biologiste.

Les professionnels souhaitent davantage de concertation et de travail en commun. Les propositions de la corporation n’ont pas été prises en considération jusqu’à présent par le ministère.

Pour rappel, pour rejoindre le réseau national des laboratoires de diagnostic du covid-19 par la technique «qRT-PCR», le laboratoire privé doit adresser une demande au ministère de la Santé (lnstitut National d’Hygiène), sous pli recommandé avec accusé de réception, avec un engagement à satisfaire les conditions stipulées. Le ministère livrera sa réponse après une visite sur les lieux pour vérifier le respect des conditions exigées.