Témoignages. Ces Marocains qui veulent être enterrés différemment

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Il y a quelques semaines, l’incinération d’un franco-marocain a relancé  un sujet toujours tabou dans la société marocaine: ces Marocains qui souhaitent être enterrés «différemment». Nous en avons rencontré quelques-uns qui nous ont parlé de leur choix. Témoignages.
En mars 2013, le poète Abdellatif Laâbi revendique publiquement son droit à un enterrement civil. Il souhaite avoir une cérémonie laïque, durant laquelle les rites musulmans ne seront pas de l’ordre du jour. Ce lauréat du Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 2011 n’est pas seul à partager ce souhait. Il rejoint plusieurs Marocains qui ont le même désir. Certains d’entre eux préfèrent être incinérés. C’est le cas de F., Meriem et Mehdi qui partagent avec nous les motifs derrière leur décision.
F.de Rabat, 22 ans, Chef de projet
 »Réduire en cendre un être a plus de sens pour moi. Je considère cela encore plus « philosophique » que d’être enterré, d’abord parce que mes proches pourront garder une partie de moi visible, au lieu de visiter une tombe qui sera vide par la suite. Ensuite pour pouvoir faire un don d’organe, puis au lieu de laisser mon corps se décomposer avec ce qui reste, je préfère la crémation »
Meriem, 24 ans de Meknès, professeur
« Je veux faire un don d’organe, puis être incinéré après cela. Je pense que l’on doit respecter le choix de chacun à vouloir être incinéré ou enterré. C’est absurde qu’on ne puisse pas respecter le dernier souhait d’un être, juste parce qu’il ne rime pas avec nos propres croyances! »
Mehdi de Rabat, 33 ans, RP
« Choisir la crémation est plus un choix dans un premier point pour ma famille. Je ne veux pas les obliger à devoir entretenir ma tombe par exemple. Actuellement,  au vu du mode de vie de chacun, c’est dur de se recueillir sur la tombe de quelqu’un, donc il est plus préférable de garder cet être plus près de soi, dans une urne dédiée. J’ai lu une fois un article qui dit qu’avec l’incinération, l’âme est libérée du corps complètement. Ce qui m’a aussi convaincu pour ce choix. Ensuite dans l’incinération, je vois aussi un choix philosophique, ce côté de partir en cendres, léger, presque invisible ».
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Ce qu’en dit la loi
Interrogé à propos de l’incinération de la dépouille du ressortissant marocain Hassan E., Ahmed El Haij, président de l’AMDH, nous déclare que la «polémique ayant entouré le sujet n’avait pas lieu d’être».
«C’est vrai que l’on doit respecter la tristesse de sa famille marocaine, mais on doit également respecter le dernier souhait du défunt. Le fait qu’il soit décédé ne lui enlève pas ses droits !», dit-il.
Ahmed El Haij nous explique par ailleurs que ce n’est pas la première fois qu’un Marocain ne souhaite pas être enterré selon le rite musulman. De nombreux chrétiens marocains réclament d’être enterrés selon les rites chrétiens, une requête qui «serait malheureusement irréalisable».
Selon le président de l’AMDH, le ressort des dépouilles dépend plus du droit coutumier et religieux que du droit écrit. «Cependant, la loi supérieure  du pays est la constitution. Et comme il y est mentionné que l’islam est la religion de l’État marocain. Tout ce qui a rapport avec le code de la famille (mariage, héritage, décès…) est organisé selon la religion musulmane, en se basant sur le malikisme», conclut-il.