Tayeb Hamdi: «Il faut démystifier le Covid-19 et vaincre la peur chez le citoyen»

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Nouveau protocole de prise en charge et nouvelle stratégie de dépistage font polémique au Maroc, qui connaît actuellement une recrudescence du nombre des cas d’infection au Covid-19. Dr Tayeb Hamdi, président du Syndicat national de médecine générale (SNMG) plaide pour une «démystification» de la maladie pour mieux apprivoiser l’épidémie.

Depuis quelques semaines, le Maroc a revu le protocole de prise en charge des patients atteints du Covid-19 et des cas contacts qui sont définis comme toute personne ayant eu un contact avec un cas probable ou confirmé de Covid-19. De plus, les cas asymptomatiques  sont désormais contraints à l’isolement à domicile.

«Nous réclamons l’isolement à domicile depuis plusieurs semaines, car nous savions d’ores et déjà que l’hospitalisation de tous les cas ne sera pas possible. De plus, les hôpitaux devaient être libérés et les professionnels de la santé soulagés de la charge sans précédent qui leur pèse dessus depuis plusieurs mois», explique Dr Tayeb Hamdi, président du Syndicat national de médecine générale (SNMG) interrogé par H24 Info.

Bien qu’«isoler dans un hôpital ou un hôtel ait été une stratégie efficace au tout début de l’épidémie, elle a aussi eu un effet négatif, qui a été de dissuader certains à se faire tester par peur d’être confiné durant plusieurs jours dans un établissement hospitalier», affirme notre interlocuteur. Et d’ajouter que «cette peur a provoqué un retard au niveau du système de santé à identifier et diagnostiquer les cas d’infection», juge le président de la SNMG.

 

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Cette nouvelle approche, «poussera davantage le citoyen à se plier au dépistage, étant rassuré d’être mis à l’isolement dans un espace qui lui est familier», poursuit le docteur. Toutefois, «cette nouvelle mesure, prise par le ministère le 6 août, ne résoudra en rien la problématique, car elle ne vise que les personnes asymptomatiques, qui ne sont pas automatiquement testées», souligne-t-il.

Ainsi la réussite de ce protocole réside dans la rapidité de dépistage des potentiels cas porteurs du virus. Les autorités sanitaires ont fait le pari d’un déploiement dans les différents quartiers de centres qui effectueront les tests nécessaires, à savoir notamment un cardiogramme, et recevront les médicaments tout en leur assurant un contrôle médical continu. Rapidement cette annonce a tourné vers la polémique étant donné que ces dispensaires n’effectueront que des tests sérologiques dont l’efficacité et contesté à l’international.

«Impliquer le citoyen dans la lutte contre le virus»

Les premiers à s’en être pris sont la Société marocaine de médecine d’urgence (SMMU) et  la Société marocaine d’anesthésie, d’analgésie et de réanimation (SMAR) qui jugent que l’utilisation de ces tests rapides ne doit être réservée qu’à la surveillance épidémiologique et en complément des tests PCR.

Même constat chez le président de la SNMG, qui souligne que «le test PCR et l’unique moyen d’identifier les malades. La sérologie n’a qu’un rôle complémentaire, qui permet toutefois de savoir si la personne a développé à un quelconque moment des anticorps pour lutter contre le virus. Et bien qu’elle soit une place importante pour surveiller l’évolution de l’épidémie, elle n’a aucune place dans l’identification des malades».

Et de poursuivre que «des malades non testés sont en somme des malades qui ne vont pas s’isoler et des cas contacts qui resteront anonymes et non tracés», résume le docteur qui relève aussi la crainte d’un «retard de diagnostic des cas Covid et de leur prise en charge médicale, qui obstrue l’identification des cas compliqués et qui mène à l’augmentation du risque de décès».

Le docteur explique dans ce sens que «le délai entre l’apparition des symptômes et le dévoilement des résultats doivent être inférieur à un jour pour endiguer l’épidémie (…) si le test est retardé de deux jours, le R0 peut être maintenu en dessous de 1 à la seule condition qu’au moins 80% des cas contacts soient identifiés et tracés dans la journée». «La stratégie de recherche des cas contacts devient donc inefficace si elle est déclenchée trois jours après l’apparition des symptômes», souligne DR Hamdi, évoquant les recherches concluantes faites dans le domaine.

 

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Le manque de moyens est aussi à prendre en compte. Il se traduit par «les 20 000 tests que nous effectuons par jour, comme il y a quelques mois, alors que nous sommes désormais à la seconde phase de propagation du virus et que nous comptons plus de cas positifs».

«Il faudrait donc multiplier le nombre de tests et pour ce faire il faut impliquer davantage le citoyen en tentant de vaincre la peur qui grandit en lui», estime-t-il. Dr Hamdi propose par ailleurs le déploiement de «tentes de dépistage dans les quartiers, car d’une part les dispensaires ne sont pas nombreux, et d’une autre il faut démystifier le Covid, car le citoyen ne connaît pas le virus, et pour qu’il soit confronté à l’idée que nous vivons en pleine épidémie et que le combat n’est pas fini».