Vidéos. Rif: comment un enseignant fait aimer l'école aux enfants d'un douar

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De nombreux enfants aimeraient avoir un professeur comme celui-là!  Un jeune enseignant d’une trentaine d’années a pris l’initiative de rendre l’école où il a été muté plus agréable pour ses élèves. Hicham Elfaquih, très actif sur les réseaux sociaux, n’a pas hésité à partager des photos et des vidéos des initiatives entreprises pour les enfants. Une idée qui a inspiré d’autres professeurs et suscité l’intérêt de la presse nationale et internationale. Présentation d’un super héros de l’enseignement.
Rentrée scolaire 2017-2018, dans le petit douar de Tafsast, que l’on retrouve dans les montagnes rifaines les élèves ont rejoint les bancs de l’école. C’est avec surprise qu’ils découvrent des fournitures scolaires emballées dans du papier cadeau sur les tables de classe.
Leur nouvel enseignant, motivé de donner à ses élèves le gout d’apprendre et l’envie d’aller à l’école, s’est plié en quatre pour fournir aux enfants les meilleures conditions de travail possibles. Pas de bâton pour réprimander les élèves, ni de cris, le professeur titulaire d’une licence en droit privé, d’une autre licence professionnelle d’agent de développement social, et d’un master «Enfance et justice des mineurs», de l’université de Tanger, a pour objectif de faire bouger les choses dans cette école où il n’y a pas d’accès aux sanitaires ni à l’eau courante.
Aidé de collègues enseignants, également trentenaires, Hicham Elfaquih a donné de nouvelles couleurs à cet établissement scolaire. Les tables de classes noires, sont repeintes de couleurs vives, et les murs fades de l’école ont repris des couleurs grâce à l’entraide des professeurs. Passionné par son métier, l’enseignant a également voulu initier les enfants à avoir une bonne hygiène de vie, il leur a ainsi fourni des brosses à dents, et d’autres produits sanitaires qu’ils pouvaient utiliser pendant la récréation.
«Ils sont intelligents, travailleurs et disciplinés. Il faut simplement se mobiliser pour les aider à persévérer, les motiver, les inspirer et essayer d’innover. Nous ne pouvons garder des approches classiques», avait déclaré l’enseignant à L’Economiste, en mai dernier.

Proche de ses élèves, l’enseignant s’est également improvisé coiffeur du douar quand cela était nécessaire. Comme il n’y a pas de coiffeur dans le village, les habitants doivent aller jusqu’au souk de Khmiss Ajdir pour bénéficier d’une coupe à 15 dirhams.

Enseignant et président d' »Amjad pour les initiatives citoyennes », une association dédiée à l’enfance et à l’environnement, Hicham Elfaquih a mis tout son savoir-faire au service de son école pour récolter des dons de bienfaiteurs afin d’améliorer les conditions de vie des élèves. Il a également organisé des gouters, des fêtes et des sorties pour donner le sourire à ces enfants qui vivent dans des conditions précaires tout au long de l’année.
L’enseignant qui a le statut de détaché n’est pas sûr d’enseigner à nouveau dans cette école l’année prochaine, malgré son attachement aux élèves et au village qui l’a accueilli. Il ne dirait pas non à des conditions de vie plus confortables. On ne doute pas que les enfants du village se souviendront encore longtemps de ce professeur aux idées modernes, et aux outils pédagogiques bien différents de ce qu’ils avaient pu connaître auparavant.

Pour rappel, l’abandon scolaire en milieu rural est un réel fléau. Dans les douars du nord du Maroc, 60% des élèves quittent l’école pour rejoindre l’exploitation familiale ou effectuer des travaux domestiques. Même si le gouvernement tente d’endiguer la situation grâce à un plan de réformes adopté en 2017 par le conseil supérieur de l’éducation, celles-ci restent encore fragiles. 93,3% d’écoles rurales ne sont pas raccordées au réseau d’assainissement d’eau et 56,3% n’ont pas accès à l’eau potable selon les chiffres du ministère de l’Education.
Un professeur que l’on applaudit pour ses initiatives qui, on l’espère, seront généralisées à d’autres écoles dans toutes les régions du Maroc. Le dernier défi qu’il s’est lancé est de construire des sanitaires dans son école. L’association « tous contre l’abandon scolaire » a fait un appel aux dons pour aider le professeur et ses élèves à mener à bien ce projet.