Vidéo. De retour en Allemagne, Susi Cruz appelle les Marocaines à investir l’espace public

3740

La globe-trotteuse Susi Cruz est rentrée en Allemagne saine et sauve. 
C’est la troisième vidéo que Susi Cruz a posté sur sa chaîne Youtube depuis qu’elle a été harcelée par un faux guide à Chefchaouen il y a quelques jours. Même si le mis en cause a été arrêté par la police, les vidéos de la jeune femme ont largement été commentées et partagées sur les réseaux sociaux au Maroc et à l’étranger. Afin de rétablir la vérité et donner sa version des faits objectivement, la voyageuse en van a décidé de montrer à ses abonnés à quel point elle était excitée de venir sur le continent africain et de découvrir le Maroc.
C’est donc avec les images de sa traversée du Détroit de Gibraltar, son arrivée à Sebta, son passage aux douanes, et dans la ville bleue qui correspondent aux 48 heures avant l’incident que la jeune femme montre son ressenti.

Mauvaise rencontre au mauvais endroit au mauvais moment
Avant de commencer à montrer les images de son expérience, Susi tient absolument à faire comprendre qu’elle est juste tombée sur la mauvaise personne, au mauvais endroit, au mauvais moment. Fatiguée de lire des commentaires négatifs venant d’hommes l’accusant de mensonge, et d’avoir inventé cette histoire de toutes pièces, et d’autres commentaires de Marocaines lui expliquant qu’elles étaient habituées à vivre le harcèlement de rue, la globe-trotteuse s’est mise du côté des femmes pour qui elle a ressenti beaucoup de compassion.
«Je suis en colère pour ces femmes qui m’ont envoyé des messages pour me faire savoir que c’était leur quotidien. C’est leur réalité, et pourtant de nombreuses personnes m’écrivent que ces femmes sont des menteuses, qu’elles veulent se réunir et devenir féministes.(…) J’ai construit mon van, j’ai tout quitté pour visiter le monde seule, et vous voulez me dire que je suis faible? Que mes larmes sont celles d’un crocodile, et que j’ai fait tout cela pour attirer l’attention sur moi pour gagner des followers? Je suis juste en colère pour ces femmes qui subissent en silence, qui ne s’expriment pas à cause de leur famille, de leurs amis, à cause de la société dans laquelle elles vivent. Et parce que je ne suis pas du Maroc, je suis plus à l’aise pour parler de cela et raconter aux gens ce que j’ai vécu. Ca aurait pu arriver n’importe où, je ne suis pas en train d’attaquer le Maroc et ne comprends pas pourquoi on continue de déformer mes propos alors que j’ai été claire depuis le début.»
Dans cette longue vidéo d’une durée d’un peu moins de 40 minutes, Susi Cruz pointe du doigt le problème du harcèlement que les femmes subissent au quotidien. Même si elle était vêtue d’un pantalon ample et d’une chemise large, la jeune femme explique n’avoir jamais ressenti autant de regards posés sur sa personne.
«Je vous jure que je n’ai jamais pleuré à cause de quelqu’un de gênant mais je n’ai jamais senti autant de regards, de ‘psst psst’, des hommes essayant de m’approcher, pour moi c’est un grand manque de respect. Je suis énervée que l’on me traite de menteuse, et toute femme qui s’exprime d’être une menteuse».
Elle invite également les hommes à se mettre dans la peau des femmes et à ne pas les juger. Parce que pour comprendre le harcèlement, la jeune femme estime qu’il faut l’avoir expérimenté. Elle invite d’ailleurs toutes les femmes à se sentir bien dans leur peau et à se réapproprier l’espace public, mais estime que cela ne peut se faire sans l’aide des hommes qui ont également des sœurs, des mères, des cousines…
«Même si vous entendez parler du harcèlement dans les journaux, vous ne saurez jamais ce que c’est vraiment si vous ne l’avez pas vécu. Et je ne dis pas ça parce que je suis une féministe, ou parce que je n’aime pas les hommes. J’aime les femmes, les hommes, les humains en général ce n’est pas à propos de cela c’est à propos d’une femme et de ses droits peu importe où elle se trouve de marcher librement, en sécurité et bien dans sa peau malgré ce qu’elle porte, son allure, ce qu’elle dit ou ce qu’elle mange… c’est tout ce qui m’importe moi et cela me met en colère de voir des gens qui sont prêts à m’accuser de mensonge plutôt que de voir la réalité en face».
Susi Cruz donne également plus de détails sur son agresseur qui a été arrêté en début de semaine par les forces de police.
«D’ailleurs mon agresseur a été arrêté, il était en possession de drogues anesthésiantes, je ne veux même pas imaginer ce qu’il en faisait, c’était un faux guide touristique. Toute son histoire était un mensonge, il m’a dit qu’il habitait à Chefchaouen depuis 5 ans, qu’il y avait acheté un appartement, et un petit magasin. Oui je suis allée avec lui, parce qu’il m’a consolée et j’ai cru en lui, j’avais peur. Et si je n’ai pas appelé la police lorsque l’on m’a volé mes cartes de crédit et papiers d’identité, c’est parce que j’avais eu si peur, que je ne voulais pas passer une minute de plus dans cette ville».
Un court séjour dont la jeune femme se souviendra longtemps, même si elle reviendra au royaume pour découvrir l’hospitalité marocaine, mais cette fois, la baroudeuse ne viendra pas seule.