«Papiers pour tous»: des migrants toujours expulsés du Maroc

à 17:15

Alors que le 2 janvier dernier, une opération exceptionnelle de régularisation des immigrés en situation irrégulière a été lancée (campagne qui se poursuivra jusqu’au 31 décembre 2014), des militants d’une vingtaine d’associations et collectifs de migrants ou des droits de l’homme (Gadem, ODT-Migrants, etc.), mais aussi des syndicalistes ou des chercheurs, viennent de créer la Coordination pour la Régularisation des Sans-papiers au Maroc, ou plus simplement, «Papiers Pour Tous ». 
 
Régularisation pour tous les sans-papiers
L’un des objectifs du collectif, selon son communiqué de presse, est «le suivi et le monitoring de l’opération de régularisation», censée être le premier pas vers «une nouvelle politique migratoire globale», plus «humaniste» que le roi a appelé le gouvernement à mettre en place en septembre 2013.
 
Justement, indique un membre de la Coordination, qui a souhaité garder l’anonymat, «la campagne de régularisation est plus une volonté royale qu’une politique gouvernementale». Du coup, regrette notre source, «les deux ministères concernés ont été pris de court et ont lancé l’opération rapidement, sans consulter les associations». 

Expulsions et exactions continuent
Il y a encore des opérations de «ratissage, d’arrestation et d’expulsion des migrants, avec les exactions qui les accompagnent», et ce malgré «l’annonce de la politique, dite radicalement nouvelle», condamne  «Papiers pour tous». 
Car s’il n’y a «plus de rafles dans les grandes villes, ça continue dans le Nord et l’Oriental, notamment à Tanger, Nador, Oujda», précise le Gadem, (groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants).
 
La coordination demande donc aux autorités «de respecter un moratoire sur les expulsions» et que les personnes emprisonnées pour «migration illégale» soient «libérées afin de pouvoir faire une demande de régularisation».
 
Des conditions trop «restrictives
Mais l’objectif principal du collectif, c’est «la régularisation de toutes les personnes sans papiers au Maroc sur la seule base de l'expression de leur volonté». Une sorte d’opération de régularisation ponctuelle des migrants «installés», comme le font régulièrement l’Espagne ou les Etats-Unis.
 
Car la campagne de régularisation actuelle concerne six catégories d'étrangers seulement: conjoints de ressortissants marocains justifiant d'au moins 2 ans de vie commune, des étrangers disposant de contrats de travail effectifs d'au moins 2 ans, des étrangers justifiant de 5 ans de résidence continue au Maroc, etc.
 
Des conditions de régularisation jugées trop «restrictives» par les membres de la Coordination. «Surtout, les critères sont difficiles à remplir: il y a des migrants qui résident au Maroc depuis 10 ans et ne peuvent le prouver. D’autres qui travaillent depuis plusieurs années, mais sans contrat», énumère notre source.
 
Régularisation ou "fichage"?
Cependant, il semble que les autorités ne soient pas très exigeantes sur les justificatifs. «Ils demandent surtout une pièce d’identité, quelle qu’elle soit : passeport, carte consulaire, carte d’identité» explique notre source.
 
«Ce qui met la puce à l’oreille: pourquoi accepter les dossiers incomplets, sans justificatifs, mais en insistant sur une pièce d’identité? Qu’arrivera-t-il à ceux dont les demandes de régularisation sont déboutées? Serait-ce pour ficher les migrants, les recenser, et éventuellement les expulser plus facilement?» se demande notre source.
 
Le Gadem confirme: «c’est le risque, comme dans toute opération du genre, et avec d’autres organisations et collectifs on fait le "monitoring" de la campagne, on attend de voir les premières demandes recevoir une réponse».
 
«Papiers pour tous» demande d’ailleurs aux autorités des explications sur la gestion informatique des données collectées, et sur leur utilisation finale. A l’heure où nous publions ces lignes, le ministère de l’Intérieur organisait une conférence à laquelle assistaient des représentants des organisations et collectifs de défense des droits des migrants. Qui comptaient bien interpeller les responsables sur ces questions.
 
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