Nouzha Skalli: "Hakkaoui ne remplit pas le rôle qu’on attend d’elle"

à 17:45

Quelles avancées pouvons-nous noter sur la questions de la femme au cours de ces quinze dernières années?
On peut revenir au début des années 2000 et même avant. Nous étions dans une situation de blocage, il n’y avait quasiment pas de représentation féminine au niveau du Parlement, et la Moudawana était particulièrement injuste à l’égard des femmes. Nous étions dans une non-reconnaissance de la valeur des femmes, nous étions dans une situation particulièrement pénible. Malgré de nombreux combats, nous étions face à une considération du silence. La situation a été débloquée au début des années 2000, suite aux nouvelles lois en vigueur établies par le roi Mohammed VI. Nous avons pu avoir pour la première fois 35 femmes au Parlement. Il y a aussi eu la mise en place d’une stratégie nationale pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, l’intégration des femmes dans la politique gouvernementale, l’agenda gouvernemental pour l’égalité… Toutes ces réformes ont permis d’institutionnaliser la présence de la femme et les principes d’égalité, de parité et de lutte contre les discriminations. 2011 a été un couronnement exceptionnel des revendications de la femme.

N’y a-t-il donc plus de blocages?
Malheureusement, durant ces dernières années, malgré les efforts à l’égard des femmes, on constate que la situation de la femme est restée bloquée, notamment dans un chantier comme la lutte contre les violences à l’égard des femmes. Il est inadmissible que le projet de loi ait été dit devant le Conseil du gouvernement et qu’il soit suspendu depuis des années. Chaque jour, nous assistons à des scènes insupportables à l’égard des femmes, notamment pour leur tenue vestimentaire ou autres. Aujourd’hui, il y a une déculpabilisation, car la violence est en quelque sorte décomplexée.
 
Comment justifieriez-vous ce retard?
Nous assistons à une régression de nos acquis, notamment lorsque nous constatons que le projet pour l’autorité de la parité est en décalage total, aussi bien par l’action qui a été menée par la commission scientifique, pourtant validée par la ministre Bassima Hakkaoui, que par l’action qui s’ensuit. Le projet a tout simplement été mis à la poubelle. Ce projet est vide et Bassima Hakkaoui ne remplit pas le rôle que nous attendons d’elle, celui de régulatrice, de protectrice et de défenseur des droits des femmes que lui attribue la constitution. Nous pouvons aussi noter plusieurs incohérences, comme l’article 16 du code de la famille, qui permet à de nombreuses personnes de contourner les lois, contre le mariage précoce, contre la polygamie… 

Comment jugez-vous la place de la femme marocaine aujourd’hui?
Il est insupportable de voir que le Maroc, avec tous les progrès qu’il a accomplis, n’est pas prêt à être classé parmi les pays qui développent la représentativité des femmes. Aujourd’hui, avec 17% de représentation des femmes à la Chambre des représentants, le Maroc se retrouve en 9e position parmi les pays arabes. Dans le reste des pays arabes, la moyenne est de 19,5%. Nous sommes en deçà de la moyenne mondiale, mais aussi arabe. A titre d’exemple, le Sénégal a 48% de représentativité féminine, l’Algérie a 33%, la Tunisie a 31% et la Mauritanie atteint les 25,5%! Les choses stagnent car il y a un rapport de forces entre les politiques qui n’est pas en faveur des femmes.