Missions françaises à l'étranger: des ambitions mais peu de moyens

c.DR
L’objectif du président Emmanuel Macron de doubler le nombre d’élèves dans les lycées français de l’étranger d’ici à 2030 n’est « pas réaliste », estime la Commission des finances du Sénat dans un rapport publié ce mercredi.
Dans son discours sur la Francophonie du 20 mars, Macron a fait des quelque 500 lycées français à l’étranger un des outils principaux du développement de la langue de Molière, fixant pour « objectif de doubler le nombre d’élèves accueillis d’ici à 2025-2030 ».
Pourtant, en juillet 2017, les mesures d’austérité décrétées par le Président amputaient de plus de 8% les subventions à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), opérateur public qui coordonne ce réseau unique au monde, avec 350.000 élèves, dont deux tiers d’étrangers, dans 137 pays.
Cette coupe franche, qui a suscité une vague de grèves, se traduira par la suppression d’au moins 340 postes d’enseignants dans les deux prochaines années.
« Depuis 2012, les crédits publics consacrés à l’AEFE ont baissé de près de 14% », résume la Commission des finances du Sénat dans son rapport intitulé « Le réseau de l’enseignement français à l’étranger a-t-il les moyens de ses ambitions? ».
Une question à laquelle le sénateur socialiste Rémi Féraud, corapporteur, répond par un franc : »Aujourd’hui, non ».
L’objectif fixé par Emmanuel Macron « n’est pas réaliste dans l’état actuel des choses », abonde le sénateur centriste Vincent Delahaye, autre corapporteur.
Selon l’étude, les charges ont augmenté de 19,5% entre 2012 et 2017, en raison d’une hausse du nombre des élèves (+11,4% depuis 2012) et des dépenses de personnel (+15,5%).
« Nous recommandons que cela n’augmente plus car sinon, c’est toute la légitimité du modèle qui est menacée », souligne Rémi Féraud.
En conséquence, les rapporteurs demandent que les crédits publics soient « sanctuarisés et que cesse le désengagement financier de l’Etat ». Le gouvernement a déjà récemment promis à l’AEFE qu’elle retrouverait cette année et en 2019 son budget d’avant les coupes.
Réaliste, le sénateur Delahaye reconnaît qu’il n’est « pas envisageable » que le doublement du nombre d’élèves voulu par M. Macron « se fasse avec un doublement du financement ». Mais il doit au moins être « un peu supérieur », ajoute-t-il, reconnaissant que le rapport n’a pas chiffré les besoins exacts.
La Commission rappelle qu’un élève au sein de l’AEFE coûte « quatre fois moins qu’en France ». « Ce n’est pas si cher que cela », souligne M. Féraud.
Pour rappel, le budget de l’AEFE a été réduit de 33 millions d’euros en 2017 (-9%), une baisse qui a suscité la colère des parents d’élèves qui doivent supporter 60% des coûts. Au Maroc, les frais de scolarité ont ainsi bondi de près d’un quart en cinq ans, soulgne la Commission. Actuellement, ces frais s’élèvent à plus de 5.300 euros (environ 58.300 DH) contre 4.290 euros (47.000 DH env.) en 2012, soit une hausse de 25% en 6 ans.