Don d’organes: le nombre des donneurs demeure très faible comparé à celui des patients

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Si le Maroc a réalisé des progrès remarquables dans le domaine de la transplantation des organes et des tissus humains, notamment sur le plan législatif, de grands efforts restent à fournir pour promouvoir le don et la greffe d’organes, qui constituent le traitement unique et le dernier recours à plusieurs maladies incurables.

Le Maroc célèbre le 17 octobre de chaque année la journée nationale de la sensibilisation et la promotion du don d’organe qui coïncide avec la célébration de la Journée mondiale de la transplantation d’organes et de tissus humains, avec l’objectif principal de poursuivre ces efforts sur le plan institutionnel et associatif en vue de promouvoir la culture de don d’organes auprès des citoyens, en tant que geste noble visant à sauver les vies et alléger les souffrances.

Pour Pr Amal Bourquia, néphrologue et présidente de l’Association « Reins » de lutte contre les maladies rénales, le don d’organes ne relève pas seulement du ressort de la médecine mais il revêt des dimensions socioculturelle, légale et psychologique, soulignant que des efforts sont déployés pour sensibiliser à l’importance de la promotion de la culture de don d’organe, un geste humain des plus nobles.

Après avoir rappeler les campagnes d’inscription sur les registres des donneurs d’organes organisées par son association depuis 5 ans, Bourquia a estimé que les études réalisées par cette dernière a révélé une véritable méconnaissance des aspects et des dimensions médicaux et humains de cet acte de générosité, et ce malgré le progrès remarquable enregistré sur les plans de communication et de sensibilisation.

Bourquia regrette par conséquent que le nombre des donneurs demeure très faible comparé à celui des patients qui ne cesse de s’amplifier sur la liste d’attente, transformant ainsi toute opération de greffe d’organe en «évènement médiatique».

Selon elle, pas moins de 20.000 patients d’insuffisance rénale fréquentent les centres spécialisés, dont au moins 11.000 nourrissent l’espoir de se faire greffer grâce à la générosité d’un donneur potentiel.

Selon des données du ministère de la santé, publiées en 2016, un total de 460 greffes de rein seulement ont été réalisées au Maroc, avec une cadence qui s’est accélérée de manière spectaculaire entre 2010 et 2015 avec 220 opérations.

Pour sa part, le président du conseil local des oulémas à Oujda, Mustapha Benhamza a indiqué que le don d’organe constitue une action de bienfaisance volontaire recommandée, relavant que la plupart des oulémas et les instances scientifiques s’accordent qu’enlever un organe et le greffer dans un autre corps constitue un acte de générosité puisque l’individu permet à un autre de continuer de vivre.

Ceci dit, les érudits ont conclu, après des études poussées, que tout individu peut faire don d’un organe encore vivant ou après la mort, a-t-il expliqué, ajoutant que cet acte est conditionné à l’approbation de la personne concernée ou de ses proches et au caractère gracieux de l’initiative de don.

Benhamza a imputé le manque d’adhésion des citoyens au don d’organe à « une mauvaise compréhension de la religion » qui porte un message universel et constitue une source de magnanimité, appelant les oulémas et les prédicateurs à véhiculer cette réalité et promouvoir le don d’organe comme un geste de bienfaisance après la mort.

Le ministère de la Santé avait mis en place un arsenal juridique régissant le don et la transplantation des organes et des tissus humains à travers la loi N° 16-98 qui a renforcé la protection juridique du donateur et éliminé les risques d’escroquerie et de trafic d’organes et de tissus humains.

Sur le plan organisationnel, le même département a procédé à la création d’une banque d’organes et de tissus humains à Marrakech et Rabat, outre l’activation de plusieurs institutions, notamment le Conseil consultatif de transplantation d’organes humains, les Comités du don d’organes et des tissus humains, les unités de coordination des prélèvements d’organes et de tissus au sein du réseau hospitalier.

Ces efforts visant à renforcer et promouvoir les opérations de greffe d’organes et de tissus humains restent toutefois insuffisants, d’où la nécessité d’encourager les Marocains à faire don de leurs organes à travers notamment l’intensification des programmes de sensibilisation et l’adhésion de l’ensemble des acteurs de la société civile, du champ religieux et médiatique ainsi que des cadres éducatifs.