Campagne de régularisation des migrants: premier bilan

à 9:00

Le 2 janvier dernier, l’opération de régularisation des étrangers en séjour illégal au Maroc était lancée. Et hier jeudi, l’heure était déjà au bilan pour le ministère des MRE et des Affaires de la migration, qui a organisé une rencontre avec des représentants d'organisations de la société civile, œuvrant notamment pour les droits des migrants. 
 
Un bilan décidément positif, pour le ministre Anis Birou qui a déclaré que la campagne se déroulait dans de "très bonnes conditions": "les 83 bureaux ouverts dans les différentes régions du royaume ont jusqu'ici reçu plusieurs milliers de dossiers de demandes de régularisation, ce qui atteste de la réussite de cette démarche".
 
Cependant, les chercheurs et membres d’organisations d’aide aux migrants sont restés sur leur faim. De nombreuses questions restent sans réponse, et des obstacles sérieux pour la réussite de l’opération semblent être ignorés par les autorités.
 
Régularisation ou «fichage» des migrants?
Car si ministre s’est félicité de «la confiance des migrants en l'opération de régularisation», cette confiance des migrants, est loin d’aller de soi, explique le Gadem, (groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants). «Certes, 5.000 à 6.000 dossiers ont été retirés, rien qu’à Rabat, mais sur le terrain, de nombreux migrants ont trop peur pour déposer leur dossier, craignant que les données récoltées par les agents (identité, adresse, empreintes digitales) ne soient utilisées contre eux si leur demande est refusée».

Une question à laquelle le ministre et les autres responsables n’ont pas répondu, regrette Stéphane Julinet, responsable juridique, volet "Droits et Migration", du GADEM.
«Les organisations et les associations font le maximum pour sensibiliser les migrants mais il nous est difficile de leur assurer que "tout se passera bien", tant que les pouvoirs publics n’annoncent pas clairement que les informations récoltées  ne seront pas récupérées pour les refouler et les expulser».
 
Les Marocains ont peur…
Et les migrants ne sont pas les seuls à avoir peur. Stéphane Julinet explique que nombreux sont les employeurs qui rechignent à fournir le contrat de travail requis pour que leur employé régularise sa situation: «ils ont peur qu’on vienne leur demander des comptes, tout comme des commerçants, des voisins ou des propriétaires ont peur de témoigner qu’un migrant vit parmi eux depuis plusieurs années…»
Le Gadem demande donc qu’un travail de sensibilisation soit effectué auprès des Marocains.
 
Quid des renouvellements?
Autre question restée sans réponse, celle du renouvellement de ces permis de séjour, valides un an seulement. Se fera-t-il dans les mêmes bureaux, avec les mêmes critères que cette année, ou bien dans les bureaux des étrangers classiques, selon les critères prévus par la loi, qui sont très difficiles à remplir pour beaucoup de migrants? 
 
Rafles et agents qui font du zèle
Alors que le ministre Anis Birou a évoqué avec satisfaction la formation de quelque «3.000 personnes […] sur l'accueil et le traitement des demandeurs, ainsi que sur l'instruction des dossiers», la situation est moins claire sur le terrain. Un membre anonyme de la Coordination «Papiers pour tous» rapporte «qu’après le rush initial, seuls 30 dossiers par jour» seraient déposés à Rabat. Pour déposer leur dossier, les migrants se voient donner un rendez-vous  plusieurs mois plus tard, jusqu’en juin.
 
Et si, dans certains bureaux à Rabat ou à Casa, les agents acceptent des dossiers sans tous les justificatifs nécessaires, voire juste avec une pièce d’identité, dans les régions excentrées, comme à Dakhla, des bureaux refusent carrément les dossiers incomplets.
 
Enfin, les rafles, arrestations et expulsions continuent dans le Nord et l’Oriental, notamment à Tanger, Nador, Oujda. Les organisations, associations et le collectif "Papiers pour tous" ont demandé au gouvernement un moratoire sur les refoulements, et aussi que les migrants arrêtés pour «séjour illégal» soient libérés pour pouvoir régulariser leur situation. Pas de réponse. «Aucun représentant du ministère de l’Intérieur n’a fait le déplacement» remarque à ce propos un associatif présent à la réunion…