8 mars: la situation de la femme marocaine vue par Amina Bouayach

à 18:00

Regardant en arrière, la militante reste optimiste. Bon nombre de changements ont été opérés en une quinzaine d’années au Maroc. La mutation la plus intéressante est la coupure avec la sacralité de la question de la femme. A présent, la société se penche sur la question des droits des femmes. Ce point permettra d’aller creuser d’autres relais, celui de l’avortement, la question de l’héritage, celle de la violence l’encontre de la femme…La question des droits de la femme a dorénavant un caractère plus sociétal. "L’impact s’en ressent déjà en termes de représentativité des femmes qui est d’ailleurs intégrée dans l’action publique en général", explique Amina Bouayach à H24info. 

La nomination des femmes dans des postes importants à hautes responsabilité, à caractère économique, financier, politique… est de plus en plus courante. La marche est irréversible. Mais malgré le lancement du débat sociétal, les choses ne changent pas d’un claquement de doigts. "Je ne m’attends pas à ce que la question de l’héritage soit réglée rapidement, déclare Bouayach, mais le plus important est que la société se penche sur la question et en discute".
 
Le débat est installé mais n’avance pas pour autant. Selon la militante, la société mettra du temps à s’habituer aux nouvelles donnes. "Le Maroc est le seul pays musulman à avoir soulevé cette question de manière publique, avec un débat parfois houleux certes, mais jamais violent". 

Malgré un dispositif constitutionnel important avec notamment l’article 19 relatif à l’égalité en matière des droits civils entre hommes et femmes, il y a toujours un préjudice contre les femmes. Comment y remédier? "Je pense qu’en mettant les deux volets face à face, la levée du préjudice et la lutte constitutionnelle, nous arriverons sûrement à une situation équitable", déclare Bouayach.
La militante se penche aussi sur un problème de poids, celui de l’accès des filles en milieu rural à l’enseignemen . Selon elle, il est important de trouver une stratégie qui permettra à la fille d’aller à l’école. Pour cela, il faut la sortir des champs et éviter qu'elle ne soit mariée alors qu'elle est mineur. "On peut faire des efforts, mais tant qu’on ne met pas en place une stratégie sociale, économique et culturelle intégrée, nous n’atteindrons pas le stade voulu"!