Scandale écologique au Bouregreg: des milliers de tonnes de lixiviat déversées dans la mer

Le lixiviat contenu dans les bassins de stockage de la décharge Oum Azza est pompé pour être prétraité, puis déversé dans la mer. Capture d'écran Twitter

Le désastre écologique au niveau du fleuve Bouregreg prend de l’ampleur. Plusieurs milliers de tonnes de lixiviat seraient actuellement en train d’être déversées dans la mer, au large de la région Rabat-Salé-Kénitra. 

Il y a une dizaine de jours, les riverains de Rabat et Salé ont remarqué des taches noirâtres dégageant de fortes odeurs nauséabondes dans l’eau du fleuve Bouregreg. Des conseillers de la ville de Rabat, dont le député Omar Belafrej (Fédération de la gauche démocratique), avaient alors alerté l’opinion publique et les autorités sur cette catastrophe écologique causée par des infiltrations de lixiviat (jus de déchets toxiques) provenant de la décharge d’Oum Azza, via l’oued Akrach. À l’origine de ce drame, une des digues dédiées à la rétention de ce liquide toxique aurait cédé.

Des centaines de milliers de tonnes de lixiviat stockées à la décharge de Oum Azza seraient ainsi en train d’être déversées au large des côtes de Kénitra, Mehdia, Salé, Rabat, Témara, Harhoura et Skhirat. Plusieurs voix se sont élevées demandant au parquet général d’ouvrir une enquête sur ce crime écologique, notamment au sein de l’alliance tripartite de gauche.

 

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En effet, les élus de la FGD de Rabat ont publié un communiqué lundi 22 mars dans lequel ils réclament «l’arrêt immédiat du rejet de lixiviat dans la mer jusqu’à ce qu’une étude d’impact soit rendue publique». Selon eux, l’Établissement de coopération intercommunale (ECI) Al Assima a initié, fin de la semaine dernière, l’opération d’évacuation par camions-citernes du lixiviat stocké au niveau de la décharge d’Oum Azza vers la station de prétraitement des eaux usées, Redal, à Bouknadel.

Une source au sein de l’ECI consultée par nos confrères de L’Economiste nuance la nature de ce lixiviat. Il ne s’agit pas du lixiviat pur stocké dans les bassins de la décharge, mais plutôt des eaux pluviales retenues dans un petit barrage aménagé au niveau du site, mais qui restent « relativement contaminées », précise l’ECI au média.

 

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À travers cette communication, la FGD en profite pour dénoncer « le laisser-aller dans le suivi de ce dossier pendant des années (…) des autorités de surveillance », mais aussi « des élus du Parti de la Justice et du Développement qui gèrent l’ECI Al Assima (ECI) et la majorité des communes », citant en premier lieu « Jamaâ Moatassim, président de l’Etablissement de coopération intercommunal, président du conseil communal de Salé et par ailleurs directeur du cabinet du Chef du gouvernement ».

En 2019 déjà, les élus avaient tiré la sonnette d’alarme quant à « une catastrophe environnementale, en raison de la mauvaise gestion des lixiviats » au niveau de la décharge de Oum Azza, sans que des mesures soient prises.