Pourquoi le satellite espion marocain fait si peur à l’Espagne

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Le lancement du premier satellite espion du royaume, Moroccan EO Sat1, ne réjouit pas nos voisins et en particulier à Madrid où les responsables militaires ne cachent pas leurs craintes.

Plus que quelques jours pour voir le Maroc devenir une puissance spatiale. En effet, sauf imprévu, une fusée légère italienne Vega lancera le 8 novembre prochain, depuis le pas de tir de Kouyou en Guyane, le premier satellite espion du royaume nommé Moroccan EO Sat1. Il s’agit d’un satellite d’observation à très haute résolution de type Pléiades, dont le Maroc a acquis deux modèles à la France en 2013 pour quelque 500 millions d’euros. Le lancement du second satellite est prévu en 2018.

Cette nouvelle ne réjouit pas l’Espagne. Des responsables militaires du pays craignent en effet qu’avec le lancement de Moroccan EO Sat1, «l’avantage technologique [de l’Espagne], basé sur la dissuasion, ne se réduise», rapporte El Pais. Il faut savoir que les satellites Pléiades sont dotés d’une très haute définition (70 cm dans un rayon de 800 km), et peuvent prendre jusqu’à 500 photos par jour pour les envoyer à la station terrestre toutes les six heures.

Moroccan EO Sat1, dont la base de contrôle sera située près de l’aéroport de Rabat-Salé, servira à la lutte contre l’immigration illégale et la contrebande, la traque des groupes jihadistes sévissant dans le Sahel, ainsi que des pirates du Golfe de Guinée, sans oublier le contrôle des frontières du royaume. Mais, ajoute El Pais, le satellite peut également fournir des informations détaillées sur les installations militaires des troupes des voisins algérien et espagnol, mais aussi du Front Polisario. Le Maroc deviendra surtout le troisième pays du continent, après l’Egypte et l’Afrique du Sud, à détenir cette technologie.

« Ne pas baisser la garde »

«Le Maroc est un pays ami, avec lequel nous entretenons une coopération intense et fructueuse, mais l’on n’aimerait voir personne, encore moins un ami, venir fouiner près de sa cuisine», a prévenu un stratège militaire espagnol, cité par El Pais. La même source évoque d’autres raisons comme Sebta et Melilla ou encore la délimitation des eaux territoriales, justifiant ainsi qu’il ne faut pas «baisser la garde».

En matière de satellites espions, l’Espagne participe depuis deux décennies au programme Helios, aux côtés de la France (90%), la Belgique, l’Italie et la Grèce. Les 2,5% de participation de l’Espagne représentent également le pourcentage d’images fournies par Hélios auxquelles le pays a accès. Et puisque le dernier satellite d’Helios est en fin de vie, Madrid doit décider s’il participera au futur Helios 3 ou s’il mettra en marche son propre programme de satellites d’observation. Une deuxième option dont le coût est estimé à 200 millions d’euros…