Remaniement ministériel: la montagne a-t-elle accouché d’une souris?

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Le remaniement ministériel très attendu est devenu effectif mercredi avec six nouveaux profils. A-t-il répondu à l’ambition royale de mettre en place un exécutif «restreint et compétent» ou s’agit-il d’un remaniement à minima pour mieux préparer les élections de 2021?

 

La composition du gouvernement a été remaniée pour la troisième fois durant ce quinquennat. Contrairement aux anciens remaniements, ce changement prôné cette fois par le souverain qui souhaitait plus d’efficience et de compétence et moins de dépenses s’est traduit par le départ de 21 ministres, ministres délégués et secrétaires d’Etat.

 

Un gouvernement moins coûteux pour le contribuable

Pour l’analyste politique, Driss Aissaoui, «la formation du gouvernement El  Othmani version 3, répond à l’injonction royale demandant à ce qu’on réduise le nombre des postes budgétaires».

La réduction de l’effectif du tiers, de sorte à le ramener à 24 ministres, est «un signal fort en termes d’engagement des différentes composantes de la majorité gouvernementale», affirme-t-il. Celles-ci ont accepté de réduire leur représentation mettant de côté les ambitions individuelles et les disputes que connaissent les partis politiques dans ce genre de consultations, explique-t-il.

Pour lui, le fait que «cette consultation s’est passée dans la discrétion la plus totale» a été un facteur aidant à la réussite de l’opération.

Dosage équilibré

Sur un autre registre, Aissaoui considère que la composition actuelle du gouvernement représente «un bon dosage entre les ministres affiliés aux partis politiques et les ministres sans appartenance politique qui ont été recrutés pour leurs compétences individuelles».

Sur un autre registre, l’analyste politique estime que «le poids électoral des différentes composantes a été plus ou moins respecté et que la pondération par rapport aux sièges au Parlement a été respectée».

Un avis que ne partage par le politologue Aziz Chahir, pour qui l’arithmétique n’a pas été prise en compte. À noter dans ce cadre que le PJD avec ses 125 représentants à la Chambre des représentants pèse plus que ses quatre alliés qui, à eux tous, disposent de 103 sièges (RNI 37, MP 27, USFP 20, UC 19).

Le PJD, grand perdant

Le PJD vainqueur des élections législatives de 2016 avec 125 sièges, sort de l’épisode du remaniement ministériel avec 6 portefeuilles en plus de celui de Chef du gouvernement,  tandis qu’un parti comme le RNI qui pèse trois fois moins en termes de sièges remportés au Parlement s’est adjugé quatre grands pôles ministériels.

Au-delà de la lecture arithmétique, Aziz Chahir considère qu’après une longue attente «la montagne a accouché d’une souris».

«C’est avec un pincement dans le cœur qu’on dédramatise, mais ça reste une pièce de théâtre», souligne-t-il.

Aux sources des maux

L’enseignant-chercheur à Salé a rappelé que «depuis le départ de Abderrahmane El Yousfi en 2002 et l’entrée en scène de Driss Jettou, la couleur était déjà annoncée. Le recul que nous vivons aujourd’hui n’est en fait qu’un revers du non-respect de la méthodologie démocratique», soutient Aziz Chahir.

Contrairement à Aissaoui qui considère que la composition du gouvernement El Othmani III représente un bon dosage entre les affiliés aux partis et les sans-couleurs politiques, Chahir pense qu’il s’agit d’«une doxa technocratique». Selon lui, le remaniement s’inscrit dans ce qu’il qualifie de «technostructuration du champ politique».

«Cause toujours, et je fais ce que je veux. C’est la démocratie à la marocaine», ironise le politologue en soulignant qu’il y a «un sérieux problème, une crise politique majeure».

 

De l’utilité du système électoral

Et de s’interroger: «comment peut-on espérer convaincre les Marocains d’aller voter?»

Se désolant du fait que «la notion de souveraineté populaire, de la volonté populaire a été réduite à une peau de chagrin», ce qui discrédite, de son point de vue, le système politique et le système électoral.

Au moment où Driss Aissaoui pense que de toute manière, «c’est un gouvernement de transition qui va préparer les élections de 2021», Aziz Chahir s’interroge sur «l’utilité de dépenser des milliards pour une opération électorale sachant qu’in fine, la part du lion ira à la  technostructure». Et de conclure: «ce remaniement est un simple mouvement managérial, sauf qu’on ne peut pas se permettre de gérer un pays comme une multinationale».