RAM-Air Algérie: la guerre du « hub » aura bien lieu

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Alors que le contrat-programme entre la RAM et le gouvernement tarde à être signé, la concurrence avec les autres compagnies aériennes africaines s’intensifie, notamment avec Alger qui ambitionne dans un futur proche d’être le nouveau hub international du continent. 

Mardi dernier, le PDG de la RAM, Abdelhamid Addou a su accrocher l’intérêt des députés de la Commission de contrôle des finances publiques de la Chambre des représentants, rapporte L’Économiste dans sa livraison du jour. Également présent, le ministre de tutelle, Mohamed Sajid a présenté un « bref exposé », « se félicitant de la direction prise par le contrôle de la Cour des comptes qui développe la dimension stratégique des politiques publiques ».

Abdelhamid Addou a avancé un point décisif: depuis 2016, le contrat-programme tarde à se concrétiser entre la RAM et le gouvernement. Pourtant, Driss Jettou, président de la Cour des comptes, a mentionné dans son rapport que le contrat-programme est une pièce maîtresse pour les entreprises publiques sous forme de sociétés anonymes et évoluant dans un cadre concurrentiel, explique le quotidien.

 

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La RAM nécessite donc urgemment ce document pour fixer ses objectifs de développement et lui assurer une visibilité. En attendant, cette navigation à vue de la compagnie aérienne profite aux autres concurrents africains, à l’instar de l’Algérie qui ambitionne de devenir le « leader incontesté » en Afrique. Ce qui risque de se réaliser si la RAM ne réagit pas.

 

La « guerre » vue du ciel

 

D’autant que le pays voisin présente deux avantages de taille: premièrement, les subventions étatiques sur le kérosène en tant que pays pétrolier; deuxièmement, le fuseau horaire plus proche de l’Europe (un vol Alger-Paris dure 2h15 contre 3h05 pour Casablanca-Paris), soit une économie de temps pour les voyageurs et de kérosène pour la compagnie.

Air Algérie bénéficie ainsi d’un « appui inconditionnel » de l’Etat qui n’hésite pas à mettre la main à la poche pour faire de l’Algérie la nouvelle plaque-tournante aérienne reliant l’Afrique au reste du monde. 2,5 milliards de dollars (environ 25 milliards de dirhams) ont été alloués à la compagnie pour acquérir des avions supplémentaires. Cet investissement permettra d’ouvrir de nouvelles lignes avec le Tchad, le Cameroun et le Gabon, soit des marchés traditionnellement couverts par la RAM précise L’Économiste.

 

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De son côté, l’Éthiopie renforce également sa flotte composée actuellement de 110 avions avec l’acquisition de 65 appareils « plus modernes », relaye le quotidien économique. A cela s’ajoute un partenariat conclu avec le Ghana pour créer un hub dans la capitale Accra afin d’ouvrir des liaisons aériennes régionales entre les pays de l’Afrique de l’Ouest.

Autre concurrent majeur menaçant la RAM: la Turquie. Comme l’Algérie, la compagnie aérienne nationale reçoit un soutien considérable de l’Etat et a entamé un programme de renforcement de sa flotte qui compte actuellement 336 appareils. L’ouverture de 20 nouvelles lignes est également prévue courant 2019 vers l’Afrique et le Moyen-Orient.

Avec sa flotte de 61 avions « uniquement », le Maroc semble à la traîne. La compagnie nationale assure toutefois 100 liaisons directes dont plus de 80 lignes vers des destinations internationales (40 vers l’Europe, 32 vers l’Afrique, 5 vers le Moyen-Orient et 7 vers l’Amérique du Nord, bientôt renforcée par une nouvelle liaison directe Casablanca-Boston).

Sa présence en Afrique s’est améliorée avec 20 vols hebdomadaires au niveau du Sénégal, 7 entre Casablanca et Nouakchott. Elle s’est également positionnée dans le fret en déployant de nouveaux appareils afin de relier l’Afrique aux principales plateformes d’import-export.

Malgré le doublement du prix du pétrole (passant de 30 à 70 dollars en 2018), et la grève des pilotes de l’été dernier, la compagnie, en 2018, a augmenté son chiffre d’affaires de 16% par rapport à 2016. 7,5 millions de personnes ont voyagé avec la RAM, soit également une hausse de 16%.