Qui est Santiago Pedraz, le juge qui va auditionner Brahim Ghali ?

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Santiago Pedraz, le juge de l’Audience national – la plus haute juridiction en Espagne-, sera chargé d’auditionner le chef séparatiste Brahim Ghali ce mardi 1er juin. Connu pour sa fermeté et sa détermination, Pedraz est une véritable star dans son pays pour s’être attaqué notamment aux gouvernements guatémaltèque, chinois ou encore américain. Portrait.

Le chef du Tribunal central d’instruction numéro 5 de l’Audience nationale, Santiago Pedraz, aura la lourde tâche d’auditionner le chef du Front Polisario, Brahim Ghali, accueilli en catimini par le gouvernement espagnol pour se faire soigner du Covid-19.

Le juge Santiago Pedraz est à l’origine de la réouverture d’un dossier pour génocide et crimes contre l’humanité visant Brahim Ghali, ce 19 mai. L’affaire avait toutefois été enclenchée en 2008 suite à une plainte déposée par de l’Association Sahraouie pour la Défense des Droits de l’Homme (ASADEH), qui l’accuse ainsi que d’autres dirigeants du Polisario, de crimes de génocide, assassinat, détention arbitraire, tortures, disparitions forcées et terrorisme.

Santiago Pedraz n’en est pas à sa première affaire délicate, impliquant plusieurs États, loin de là. Celle qui est restée dans les annales est «l’affaire Couso», en référence au meurtre de José Couso caméraman espagnol, tué le 8 avril 2003 par des tirs américains à Bagdad en Irak.

 

Homme de terrain

 

En 2007, Pedraz parvient à déterrer cette affaire très médiatisée à l’époque, en lançant une commission rogatoire aux États-Unis pour enquêter sur la culpabilité de trois militaires américains. Pedraz ne s’arrête pas là et se rend jusqu’à Bagdad en janvier 2011 pour son enquête, avant de lancer un ordre de recherche et d’arrestation des trois soldats américains.

Toutefois, l’ampleur de l’affaire a été telle que le gouvernement américain de George W. Bush a fait fléchir le gouvernement espagnol. En 2014, des changements dans la loi espagnole ont été introduits, supprimant les dispositions légales qui permettaient à la justice de poursuivre ce crime au niveau international.

 

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Cette affaire mettra le jeune juge au-devant de la scène nationale et internationale. En parallèle, il s’attaque à une autre affaire aux répercussions mondiales, visant les deux dictateurs guatémaltèques, Efraín Ríos Montt et Óscar Humberto Mejía Victores. Pedraz se rend au Guatemala en 2006 et interroge les deux dictateurs pour des crimes de génocide, terrorisme, meurtres, torture et arrestations illégales à l’encontre du peuple maya.

Bien qu’il est freiné dans son élan par le pouvoir local, le juge espagnol parvient à dicter un ordre où il accuse ouvertement les autorités guatémaltèques «de se placer dans l’orbite des pays qui violent leurs obligations internationales et méprisent la défense des droits de l’Homme». Une prolongation de cette plainte visant les dictateurs deviendra par la suite la première affaire de féminicide acceptée à cet effet.

Pedraz est aussi derrière la réactivation en 2008 d’une plainte visant sept membres du gouvernement chinois accusés de crimes contre l’humanité après la répression cinglante des manifestations demandant l’indépendance et la fin de l’occupation militaire du Tibet qui avaient fait 203 morts.

Juge star

Pedraz gravira vite les échelons de la plus haute juridiction en Espagne, par laquelle est passé l’actuel ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska. Réputé pour son intransigeance et sa détermination, Santiago Pedraz est souvent décrit comme «celui que craignent les politiques».

Pourtant, fils d’un journaliste, Santiago Pedraz rêvait de faire le même métier que son père, mais ce dernier l’en dissuadera. Son père, ancien directeur adjoint au sein de l’agence EFE, lui apprendra toutefois les rouages du métier. Pedraz en jouera à son avantage et sera d’ailleurs le premier juge à faire entrer des caméras dans les salles d’audience.

Aujourd’hui, le juge espagnol est sous le feu des projecteurs après avoir rouvert le dossier pour génocide contre Brahim Ghali. L’affaire a provoqué un véritable séisme dans les relations diplomatiques entre Rabat et Madrid, qui a accepté de faire rentrer sur son sol et sous une fausse identité le chef séparatiste, à la demande d’Alger.

L’issue de cette affaire est encore incertaine, mais promet encore des rebondissements.