Premier vol direct Israël-Maroc mardi, Kushner à bord

1453
Jared Kushner. Crédits photo: Ben Stansall/AFP/Getty Images

Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, va inaugurer mardi le premier vol direct entre Israël et le Maroc depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays.

L’ouverture de la liaison entre Tel-Aviv et Rabat sera accompagnée de la signature de plusieurs accords liés à la récente annonce d’une reprise de relations diplomatiques entre Israël et le royaume chérifien, selon le programme en cours de préparation à Rabat.

A moins d’un mois du départ prévu de Donald Trump de la Maison Blanche, cet évènement entend promouvoir l’idée d’un succès du plan de paix au Proche-Orient de l’administration sortante.

La négociation avait inclus l’ouverture d’un consulat américain au Sahara occidental et un programme d’investissement américain que la presse marocaine assure colossal. Avec, en parallèle, la réouverture de deux bureaux diplomatiques à Tel-Aviv et Rabat, ainsi que le développement actif de la coopération économique bilatérale.

 

– « Cause nationale » –

 

Tout autant que le Sahara occidental, le soutien aux Palestiniens est considéré comme une « cause nationale » au Maroc.

Aussi, le double tweet du président Trump annonçant le rapprochement israélo-marocain et endossant la « souveraineté » marocaine sur l’ancienne colonie espagnole a-t-il « fait l’effet d’une bombe », note la politologue Khadija Mohsen-Finan dans une analysée publiée par le site Orient XXI.

Si, selon l’agence officielle MAP, les Marocains ont célébré dans le monde entier la « marocanité du Sahara », deux manifestations pro-palestiniennes ont été interdites la semaine dernière à Rabat, avec une mobilisation impressionnante des forces de l’ordre.

 

Lire aussi: Argan: un partenariat Maroc-Israël pour relancer cette culture prometteuse?

 

Tandis que de nombreux pays se sont félicités du rapprochement entre le Maroc et Israël, le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir à Gaza, a dénoncé « un péché politique qui ne sert pas la cause palestinienne ».

La Russie, l’Algérie et le Polisario ont pour leur part qualifié d' »illégale » la reconnaissance d’une « marocanité du Sahara », à rebours de la position constante du Conseil de sécurité de l’ONU.

Israël, qui compte 700.000 juifs d’origine marocaine, et le Maroc, où vit encore la communauté juive la plus importante d’Afrique du Nord, avaient déjà entretenu des relations officielles à la fin des années 1990, sous l’impulsion du roi Hassan II.

Deux bureaux diplomatiques ont assuré la liaison après les accords de paix israléo-palestiniens d’Oslo de 1993, jusqu’à leur fermeture après le déclenchement de la deuxième intifada en 2000.

 

– Coopération ancienne –

 

Le nouvel accord formalise « un partenariat de facto remontant à plus de 60 ans », avec notamment une « coopération dans le domaine du renseignement et de la sécurité », a rappelé Ahmed Charaï, patron de presse marocain connu pour sa proximité avec les cercles de pouvoir, dans une chronique publiée par le Jerusalem Post.

Car si les relations étaient officiellement suspendues, les liens n’ont de facto jamais cessé: les échanges commerciaux bilatéraux ont représenté 149 millions de dollars entre 2014 et 2017, selon des statistiques publiées par la presse marocaine, et le Maroc figure parmi les cinq plus importants clients africains d’Israël, selon un bulletin de la chambre de commerce France-Israël.

Fait rare dans le monde arabe, le Maroc revendique « l’affluent juif » de son histoire, sous l’impulsion du roi Mohamed VI: Casablanca accueille un « musée du judaïsme marocain », Essaouira organise chaque année un festival de musique judeo-arabe et les programmes scolaires évoquent depuis peu le rôle de la communauté juive dans le développement du pays.

 

Lire aussi: La conférence des rabbins européens saluent la reprise des relations entre le Maroc et Israël

 

Avant la pandémie, le royaume accueillait chaque année entre 50.000 et 70.000 touristes juifs, pour la plupart en provenance indirecte d’Israël.

Même si les frontières du royaume restent fermés du fait de la crise sanitaire, l’ouverture de liaisons aériennes directes suscite l’espoir chez les professionnels du tourisme marocain.

La semaine dernière, la ministre du Tourisme Nadia Fettah a vanté sur une télévision israélienne les atouts de son pays, dont le lagon de Dakhla, situé au Sahara occidental et « un des spots de kitesurf les plus connus » mondialement.