Pr. Abdeljabar El Andaloussi: «Aucun vaccin ne protège du covid-19»

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Pr. Abdeljabar El Andaloussi, chercheur en biologie médicale à l’Université de Chicago, aux Etats-Unis. DR

Inefficacité des vaccins, manipulation de l’opinion publique, risques et contre-indications… Pr. Abdeljabar El Andaloussi est l’une des voix marocaines dissonantes quant à la stratégie de vaccination adoptée au Maroc. H24Info rapporte le point de vue du chercheur en biologie médicale à l’Université de Chicago. Portrait.

Il a des idées assez marquées et controversées. Il est anti-vaccins, en tout cas dans leur configuration actuelle, et met en doute leur efficacité et leur innocuité. Il conteste le comité scientifique de vaccination et appelle à réfléchir à d’autres traitements plutôt que «tout miser sur le vaccin». C’est le professeur Abdeljabar El Andaloussi, qui de l’autre côté de l’Atlantique, conseille au Maroc d’arrêter sa campagne de vaccination.

Né à Azzemour en 1969, Pr. Abdeljabar El Andaloussi obtient en 1993 une licence en biologie-immunologie à Rabat, avant de poursuivre ses études supérieures en France où il valide en 2001 un doctorat en sciences (biologie-santé) de l’université de Bordeaux. Sa carrière en Amérique du Nord s’entame par un stage postdoctoral en immunologie et immunothérapie à l’université de Chicago (USA). Par la suite, il exerce comme professeur d’immunologie à l’Université de Sherbrooke, au Canada, puis aux États-Unis, au centre du cancer de Georgia et à l’université de l’Illinois à Chicago. Il a également publié plusieurs travaux de recherche sur l’immunothérapie, l’immunologie et les maladies infectieuses dans des revues scientifiques.

Dans le cadre de la pandémie du covid-19, El Andaloussi a suivi de près les événements au Maroc, même à distance. «J’ai fait plusieurs propositions et analyses concernant la pandémie au Maroc, le vaccin, les mesures à prendre, les erreurs commises. J’ai rencontré le ministre de la Santé avec qui j’ai discuté de ces choses-là, il m’a proposé de rejoindre le comité scientifique mais il n’y a pas eu de suivi. Cela ne m’a pas empêché de poursuivre mon travail à titre bénévole au profit de mon pays», nous explique le chercheur à la posture radicale.

« Pas le bon antigène »

Pour lui, «il ne sert à rien de vacciner» car «aucun vaccin ne protège du covid-19» à l’heure actuelle, remettant en cause les résultats très positifs partagés par les différents laboratoires actifs dans la production d’un vaccin anticovid. «Il n’y a pas de contrôle fiable dans cette expérience. Pour les laboratoires, c’est acquis, alors qu’on ne dispose pas de ces informations», déclare le scientifique qui insiste sur la nécessité de respecter la durée d’une année pour observer l’efficacité ou non d’un vaccin. Pour El Andaloussi, l’efficacité des vaccins actuels est entravée par l’antigène utilisé qui inclut un conflit avec le système immunitaire.

«Aucun vaccin ne protège, car ils sont tous fabriqués avec le même antigène, la protéine Spike, impliquée dans la régulation d’une voie de contrôle de l’inflammation. L’antigène utilisé pour vacciner et développer cette protection n’est pas le bon antigène. Aucune loi dans la nature ou dans la discipline d’immunologie ne conseille d’utiliser une voie de signalisation d’inflammation comme une voie cible pour induire l’immunité acquise», affirme le chercheur.

 

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Si le vaccin ne protège pas, c’est également parce que le virus du SARS-CoV-2 n’est pas immunogène, selon lui. «On a analysé des échantillons de patients atteints du virus et qui ont guéri. Tout ce qu’on voyait dans leurs corps, ce sont des anticorps neutralisants qui ne protègent pas. Pour avoir une protection par un vaccin, il faut développer une immunité acquise qu’on ne peut pas réduire à des anticorps neutralisants».

«Les gens se sont concentrés sur l’idée d’immunité de groupe sans prendre en considération les avis contradictoires. On a manipulé l’opinion publique avec cette idée de protection de groupe, c’est-à-dire que vous allez vous faire vacciner, mais vous ne serez pas protégé tant que 80% de la population n’est pas vaccinée. Cela met en doute la protection individuelle», poursuit-il.

Le vaccin, « source de contamination »

D’autant plus que pour El Andaloussi, le vaccin d’AstraZeneca, qui sert à vacciner la majorité des Marocains, serait contaminant. «Les personnes vaccinées par les vaccins classiques vont devenir des sources de contamination parce que le vaccin reçu est à base du virus atténué. Si le virus est inactivé dans le vaccin, il est impossible qu’il soit détecté par PCR chez le vacciné. Or, des personnes, qui ont développé des symptômes avec AstraZeneca à la deuxième dose, ont été testés positifs. Ils sont donc porteurs d’un virus atténué», théorise-t-il.

Il relève qu’au Maroc, le personnel des services de réanimation a noté dernièrement une augmentation du nombre de personnes admises dont la tranche d’âge est de 35-55 ans. «La cible prioritaire de la campagne de vaccination était les personnes âgées, donc d’où viennent ces patients? Ils ont été contaminés par les gens vaccinés par AstraZeneca», répond-il.

Autre thèse singulière soutenue par l’expert: «Le Maroc a triché dans l’étude clinique». «Dans le covid-19, il y a plusieurs copies du virus: celle de Wuhan, celle de Pékin, et celle de Sinovac. Il s’est avéré que le Maroc a utilisé pour l’étude clinique le vaccin à base du virus de Wuhan. Plus tard, Sinopharm a été importé pour vacciner les Marocains sauf que ce vaccin est basé sur une copie du virus de Pékin. On est en train de vacciner les Marocains à base d’un virus qui n’est pas celui avec lequel ils ont été contaminés à la base. Ce n’est pas le même virus qu’on avait utilisé dans l’étude clinique qui sert à déterminer les risques et les dangers du vaccin sur les citoyens, donc il n’y a pas de lien entre l’étude clinique et la vaccination», argue-t-il.

Pour toutes ces raisons, «il ne faut pas vacciner les gens au Maroc, il faut tout arrêter, ne pas donner la deuxième dose d’AstraZeneca car ça ne changera rien, ça réduira les risques». El Andaloussi «demande le départ du comité scientifique actuel sur la vaccination» et souhaite «la formation d’un nouveau comité où seront représentées les différentes parties de la société marocaine qui sont impliquées dans la gestion de cette pandémie». Et de soumettre: «Il faut revoir toutes les étapes, les décisions prises, les données, analyser le tout et conclure un plan d’action qui continuera à développer les vaccins et les autres traitements comme l’immunothérapie. Moi, je ne ferme pas la porte à la recherche scientifique ou au vaccin, mais je ne brulerai pas les étapes, ni violerai l’éthique. Je n’officialiserai les vaccins qu’au terme de toutes les étapes, afin qu’ils répondent à tous les critères de sélection».

« Anticorps protecteurs »

Au Maroc, le son de cloche est très différent. Les chercheurs sur place ne partagent pas du tout les idées émises par El Andaloussi et avancent d’autres arguments scientifiques. Nous avons sollicité les réactions de deux spécialistes, Pr. Kamal Filali Marhoum, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Casablanca, et un médecin-chercheur en systèmes de santé membre de plusieurs associations spécialisées requérant l’anonymat. Tous deux confirment que le virus du SARS-CoV-2 ainsi que ses différents vaccins en cours sont bien immunogènes.

«Quand on contracte la maladie ou qu’on est vacciné, on va produire des anticorps qui ne sont pas tous protecteurs. Certains ne servent à rien finalement et ne vont pas nous protéger contre la maladie. C’est le cas par exemple du virus du sida. Les anticorps protecteurs sont les anticorps neutralisants, capables justement de neutraliser le virus. Ce sont ceux-là qui sont intéressants et importants à produire que ce soit durant la maladie ou après la vaccination», explique Pr. Marhoum qui confirme que dans le cadre du coronavirus on crée bien des anticorps protecteurs.

 

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«C’est à la base de l’efficacité, on ne peut prétendre qu’un vaccin est efficace que lorsqu’on a déjà montré qu’il est immunogène. Ensuite, on passe à l’efficacité clinique. Dans toutes les études établies, quel que soit le vaccin (Pfizer, Moderna qui utilisent l’ARN messager, ou ceux qui utilisent des transporteurs viraux comme celui d’AstraZeneca, de Johnson&Johnson, ou encore Spoutnik ou Sinopharm), il a été montré dans les études de phases 1, 2 et 3 que ces vaccins sont immunogènes, c’est-à-dire qu’ils arrivent à entrainer la production par notre corps d’anticorps, et parmi eux une proportion suffisante et importante d’anticorps neutralisants», poursuit le professeur qui nuance avec l’exemple des personnes sujettes à la réinfection du covid-19. «Après une maladie, certaines personnes ne fabriquent pas suffisamment d’anticorps neutralisants et sont à même de développer une deuxième infection. C’est pour cela qu’on recommande aussi aux personnes qui ont déjà eu le covid de se faire vacciner».

De son côté, le médecin-chercheur rappelle qu’on mesure l’efficacité d’un vaccin ou de l’immunité post-maladie en faisant des tests, des essais cliniques, des études. «Résultat: 95% des personnes vaccinées avec Pfizer même en présence de virus ne sont pas contaminées. 95% des personnes qui ont reçu juste une seule injection d’AstraZeneca ne subissent plus de formes graves, ni ne sont hospitalisées. 80% des vaccinés de plus de 80 ans avec AstraZeneca et Pfizer ne subissent plus de formes graves, n’entrent plus à l’hôpital, ne décèdent plus. Sur le terrain, ces vaccins sont efficaces à 80% contre les formes graves, à 90% contre les formes légères et minimes. Comment nommer ce phénomène si ce n’est de l’immunité protectrice?», abonde le spécialiste.

« Les virus ont toujours des copies entre eux »

«Je reviens au rationnel du choix de la protéine Spike. Elle a été choisie comme étant l’élément principal qui permet de vacciner parce que c’est la protéine qui se trouve être la moins variable chez les coronavirus Sars-cov-2. Malgré toutes les mutations qui se produisent, cette protéine Spike reste pratiquement identique à elle-même, sauf ces derniers temps, elle a quelque peu changé, c’est pour ça qu’on s’inquiète beaucoup avec les nouveaux variants», reprend Pr. Marhoum qui réfute l’idée de l’existence de trois copies différentes du virus avancée par Pr. El Andaloussi.

«Les virus ont toujours des copies entre eux. Il y a le virus original et ensuite, on travaille sur des copies, on fait des cultures de virus. Effectivement, nous vaccinons actuellement avec le vaccin Sinopharm fabriqué par l’usine de Pékin, tandis que l’essai clinique a été mené avec le vaccin fabriqué à Wuhan. Mais c’est un vaccin équivalent, c’est juste le lieu de fabrication qui est différent. C’est la même technologie, la même firme qui fabrique, le seul problème c’est que Wuhan n’arrive pas à fabriquer suffisamment, donc il fallait s’approvisionner ailleurs, mais nous n’avons pas pris celui de Sinovac qui est un petit peu différent de celui de Sinopharm», éclaircit l’immunologiste.

Pas de virus dans le vaccin d’AstraZeneca

Quant à la potentielle contagiosité des vaccinés d’AstraZeneca, les deux spécialistes réfutent en bloc cette idée qui n’est pas prouvée actuellement. Ils rappellent que le vaccin d’AstraZeneca n’est basé ni sur un virus atténué, ni sur un virus inactif. «Il n’y a pas de virus du SARS-CoV-2 dans le vaccin d’AstraZeneca. Le vaccin Sinopharm, lui est produit à base du virus inactivé, c’est-à-dire qu’il y a un virus du coronavirus traité et inactivé en entier. Dans AstraZeneca, il n’y a aucun coronavirus mais une partie des protéines du virus qui sont portées par un cheval de Troie (le vecteur viral), c’est-à-dire un adénovirus du chimpanzé qui est modifié pour porter des parties de protéines du coronavirus», développe le médecin-chercheur, rejoint par Pr. Marhoum: «Ce sont des adénovirus qui n’ont plus la capacité de se multiplier donc il n’y a plus de risque avec ce virus qui est comme mort. Ce n’est pas contagieux. On l’a atténué de façon à ce qu’il ne puisse plus utiliser son matériel génétique pour se multiplier».

Par ailleurs, Pr. Marhoum reconnaît que les personnes actuellement hospitalisées sont plus jeunes mais ne corrèle pas ce fait à une possible contamination par des personnes vaccinées. «Actuellement, nous avons de nouveaux variants qui circulent et on remarque qu’ils touchent beaucoup plus les sujets plus jeunes. A cause de ces variants, il y a donc une prédominance de personnes jeunes actuellement hospitalisée. Il a été prouvé que les variants vont entrainer des problèmes également chez les sujets jeunes, davantage que les virus de départ qui eux touchaient surtout les personnes relativement âgées», argumente-t-il.

Des données fiables

Enfin, le chercheur en systèmes de santé rappelle la fiabilité des résultats des études qui ne relèvent pas du seul regard des laboratoires mais aussi des autorités sanitaires de chaque pays: «Un laboratoire fait ses recherches. Il dépose un dossier auprès des autorités de santé dans les pays pour faire des essais cliniques. Ensuite, il rassemble les résultats qu’il doit publier pour obtenir une autorisation. Au Maroc par exemple, il doit présenter ce dossier au ministère de la Santé. Parallèlement, pour plus de transparence, il faut que les laboratoires publient les résultats des essais cliniques dans des revues connues, prestigieuses, c’est ce qu’on appelle la relecture par les pairs. Toute personne peut consulter ces résultats».

Même si les essais cliniques phase III ne sont pas encore terminés, les résultats s’observent dès maintenant sur des dizaines de milliers de personnes dans des conditions réelles de la vaccination. Plusieurs pays ont partagé des résultats encourageants quant à l’efficacité du vaccin anticovid sur leur population.

Entre le 8 décembre et le 15 février, 1,14 million de premières doses de vaccin ont été administrées en Ecosse, soit 21% de la population. Les chercheurs ont comparé les résultats de ceux qui avaient reçu leur première dose avec ceux qui ne l’avaient pas reçue. L’étude montre que, dès la quatrième semaine après avoir reçu la dose initiale, les vaccins Pfizer et Oxford-AstraZeneca réduisent respectivement de 85% et 94% le risque d’hospitalisation due au covid-19 parmi les personnes âgées de 80 ans et plus, l’un des groupes à risque le plus élevé. La vaccination a été associée à une réduction de 81% du risque d’hospitalisation au cours de la quatrième semaine lorsque les résultats des deux vaccins ont été combinés, révèle l’étude.

Une autre étude britannique publiée le 22 février et mise à jour le 17 mars déclare qu’une dose réduit le risque de contracter une infection de plus de 70%, passant à 85% après la deuxième dose. De nouvelles découvertes du Public Health England (équivalent du ministère de la Santé en Angleterre) ont montré qu’environ 75,8% des donneurs de sang âgés de 70 à 84 ans avaient des anticorps contre le covid-19 début mars.

Le 1er mars déjà, PHE avait publié un bilan préliminaire prouvant l’efficacité des deux vaccins utilisés dans le pays, Pfizer-BioNTech et Oxford-AstraZeneca. Pratiquée entre le 8 décembre 2020 et le 19 février 2021, l’étude porte sur toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, soit plus de 7,5 millions d’individus, et montre que, quatre semaines après l’injection de la première dose, la protection contre l’infection symptomatique au SARS-CoV-2 est de 57 % à 61 % pour le vaccin Pfizer, et de 60 % à 73 % pour le vaccin anglo-suédois Oxford/AstraZeneca. Pour les plus de 80 ans, les données révèlent qu’une seule dose de ces vaccins suffit pour réduire les hospitalisations de plus de 80 % (entre trois et quatre semaines après l’injection) ainsi que les décès de plus de 85%.