Sept ans après, que reste-t-il du 20 Février?

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Le mouvement du 20 Février peut-il renaître de ses cendres, sept ans après son éphémère apparition qui avait secoué la classe politique lors du printemps arabe? Réponses de chercheurs universitaires.
Sept ans après, le mouvement du 20 Février est toujours présent dans les esprits des Marocains. Preuve en est, des syndicats l’ont commémoré cette semaine en organisant des manifestations à Rabat et à Casablanca. Acteurs associatifs ou activistes qu’ils soient dans le nord à Al Hoceima, dans le sud à Zagora ou à l’Est à Jerada brandissent régulièrement les slogans du mouvement.
Des hommes politiques aussi y font de temps en temps allusion dans leurs déclarations. Comme Moulay Ismail Alaoui, ancien secrétaire général du PPS qui a récemment déclaré que le Maroc a besoin d’un deuxième 20 Février.
Alors, où en est vraiment ce mouvement et peut-il encore rebondir?
Interrogé sur ce point, Aziz Idamin, chercheur en sciences politiques estime que les déclarations de Moulay Ismail Alaoui appelant à la nécessité d’un deuxième 20 Février relèvent plus du registre du discours partisan et de la surenchère politicienne puisque qu’elles ont été prononcées dans le contexte du limogeage de ministres du PPS, en octobre dernier.
«Si l’on remonte le temps, on va découvrir que le PPS figure parmi les partis qui se sont opposés au mouvement avant sa manifestation. Son bureau politique avait alors rejeté le mouvement le considérant comme un complot étranger et un acte déraisonnable», rappelle Aziz Idamin.
 
« L’esprit du mouvement taraude le système »
Un deuxième 20 Février est-il donc à jeter à l’eau? Pour Aziz Chahir, auteur du livre Qui gouverne le Maroc, assure que le mouvement bien qu’éphémère et ne disposant pas de cheminement idéologique ou d’une base militante qui s’inscrivent dans une configuration historique, est toujours présent dans l’esprit des Marocains et dans leur imaginaire collectif.
«Abstraction faite de la composition sociologique de ses acteurs, des individus, des processus de mobilisation, des actions revendicatives, du leadership, autant d’éléments qui méritent qu’on s’y attarde, l’idée du 20 Février est bien ancrée. Le mythe est là pour durer. La mue de ce mouvement va se perpétuer avec d’autres acteurs qui vont se l’approprier sous d’autres bannières, avec d’autres revendications», pense Aziz Chahir.
Et d’ajouter: «Bien que le Makhzen ait réussi à négocier le virage, à endiguer le mouvement et que son corps soit mort, l’esprit du mouvement est toujours là pour tarauder le système».
Les politiques gouvernementales sont toujours les mêmes
Pour sa part, Aziz Idamine estime qu’«le mouvement du 20 Février est difficilement reproductible, car il est apparu à un moment historique qu’a traversé le Maroc. Et ce, pour diverses considérations ayant trait notamment aux mutations que connait la région et le monde actuellement».
Toutefois pour cet universitaire, l’idée portée par le mouvement sur des revendications sociales, d’appels à une justice sociale, à une vie décente, à lier responsabilité et réédition des comptes, d’appels à des réformes politiques se retrouve dans les Hirak du Rif, de Jerada, de Zagora…
Cette idée a ainsi pris une nouvelle forme, et n’est plus cantonnée à l’axe Casa-Rabat, mais se développe dans les périphéries. Malgré cela, il n’y a toujours pas de mouvement capable de créer ce choc politique qu’a produit ce phénomène né sur les réseaux sociaux à l’ère du printemps arabe et dont a résulté la réforme de la Constitution en 2011, souligne le politologue.
Aujourdhui, on ne peut que constater que les politiques gouvernementales sont toujours les mêmes. «L’élite politique n’a pas changé, les mêmes alliances hybrides entre droite et gauche, islamistes et progressistes sont toujours de mise. On manque toujours d’un pôle progressiste capable de répondre aux aspirations de la jeunesse», conclut cet universitaire.