Rabat: énorme mobilisation populaire en solidarité avec le Hirak

DR

Des manifestants ont envahi en masse ce dimanche le centre de Rabat en soutien à la contestation dans le nord du Maroc et pour exiger la « libération » des leaders récemment arrêtés du Hirak.

Parti de la place Bab el-Had, le cortège s’étendait sur près d’un kilomètre, sur l’avenue Mohamed VI. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé au défilé selon les observateurs sur place, alors qu’une source au ministère de l’Intérieur a fait état de 12.000 à 15.000 participants. Pour les islamistes de Adl Wal Ihsane, l’une des organisations à l’origine du rassemblement, ils étaient « un million » à prendre part à cette « marche historique ».

« Vive le peuple », « Liberté, dignité, justice sociale », « Libérez les prisonniers », scandaient les manifestants, qui pour la plupart marchaient en rang, disciplinés. Nombre d’entre eux portaient des drapeaux berbères et marocains, et on a vu ressurgir à l’occasion le drapeau noir du mouvement du 20 février.

 

 

 

Beaucoup de marcheurs brandissaient à bout de bras le portrait de Nasser Zefzafi, leader emprisonné du Hirak. Son père ainsi que d’autres familles de détenus ont pris un moment la tête de la manifestation, qui se voulait une marche « nationale » de « solidarité » avec le Rif et « contre la hogra ».

Plusieurs organisations avaient appelé à ce rassemblement: Adl Wal Ihsane, mais également des partis de gauche et d’extrême gauche, des militants de la cause amazigh et activistes du 20 février.

Les islamistes étaient largement majoritaires dans le cortège -les hommes d’un côté, les femmes de l’autre-. Les forces de l’ordre étaient très peu visibles, et la manifestation, débutée vers 10H00, s’est achevée plus de deux heures plus tard sans le moindre incident.

Joint au téléphone, maître Mohamed Ziane, l’avocat de Nasser Zefzafi, s’est félicité de cette mobilisation «destinée à faire valoir nos droits» qui prouve selon lui que le «mouvement n’est pas financé par des entités étrangères». «La situation est sous contrôle sur place», assure l’avocat qui ne doute pas de la libération prochaine de son client car «il est clair que son incarcération est le fruit de manipulations de mauvaise foi, chose qui n’est pas digne du Maroc libre et moderne».

Après sept mois de contestation dans la province d’Al-Hoceïma, les autorités ont mené localement une vague d’arrestations depuis quinze jours visant le noyau dur du mouvement.

Selon les derniers chiffres officiels, 86 personnes ont à ce jour été présentées à la justice, dont une trentaine ont été placées en détention préventive, accusées de lourdes charges, et notamment « d’atteinte à la sécurité intérieure ».

Dans la rue, les manifestations se poursuivent depuis quinze jours à un rythme quotidien à Al-Hoceïma, ainsi que dans la localité voisine d’Imzouren, autre haut-lieu de la contestation.

Ces derniers mois, des sit-in et rassemblements de soutien ont eu lieu dans d’autres localités du Nord, et plus marginalement dans d’autres villes du royaume.

Mais la manifestation de ce dimanche est la première d’une telle ampleur hors de la province. Elle intervient alors que la mobilisation dans le Rif ne faiblit pas, et que la fermeté affichée par l’exécutif est de plus en plus critiquée par la classe politique.