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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Dans cet entretien accordé à H24Info, le politologue Aziz Chahir analyse les enjeux de la démission de Ilyas El Omari du secrétariat général du PAM.

    H24Info: Comment expliquez-vous la démission de Ilyas El Omari ?

    Aziz Chahir: Cette démission est un non-événement. Il s’agit d’une simple manœuvre stratégique négociée au niveau de la direction du PAM avec le pouvoir central pour essayer d’absorber le mécontentement populaire à l’égard d’un parti qui a échoué indéniablement dans la gestion de la ville qu’il dirige: Al Hoceima. À cet égard, il ne faut oublier que les manifestants scandaient systématiquement «El Omari dégage».

    On aurait peut-être compris cette décision si elle était prise avant le discours du roi et non après. Le timing est important lorsqu’on fait de la politique. Il n’y a guère ici de hasard ou de coïncidence. Ce repli stratégique n’émane donc pas d’une décision personnelle ou d’une prise de conscience soudaine. Il n’y a pas d’éthique dans la politique, il n’y a que des intérêts. L’intérêt du PAM aujourd’hui est que le projet du parti puisse continuer et perdurer à travers un pseudo-renouvellement de la direction du PAM qui n’en est rien en réalité. Ce n’est qu’illusion, ni plus ni moins.

    Quel est objectif derrière cette démission ?

    L’objectif est double: d’abord se réinventer en vain une légitimité politique de manière à parvenir à inscrire le PAM dans un processus de “normalisation par le haut”. Ensuite, manœuvrer idéologiquement afin d’ancrer dans l’imaginaire collectif l’idée que le PAM est une formation politique comme les autres. Par là même, le PAM pourrait sortir de la crise de leadership en faisant oublier aux électeurs son inféodation indélébile au palais à travers des figures proches du sérail et aussi de faire en sorte que les succès politiques et électoraux du parti ne soient plus considérés comme étant l’œuvre du Makhzen.

    Pour ce faire, la démission d’El Omari s’inscrit dans cette volonté maintes fois affichée de rupture supposée avec les arcanes du pouvoir central, symbolisée par des personnes de réseaux et des lobbyistes de l’ombre qui continueront certainement à influer sur les décisions du PAM, malgré le changement des chefs et les effets d’annonce visant le «renouvellement».

    Ce retrait stratégique plus ou moins programmé s’inscrit, à mon sens, dans la même logique qui a abouti en 2011 à la nomination de Fouad Ali El Hima, à l’origine de la fondation du PAM, en tant que conseiller du roi. Une manœuvre qui avait pour but de récupérer l’ami du roi discrédité par les manifestants du mouvement du 20 février qui appelaient ouvertement à son départ.

     

    Aziz Chahir, Professeur habilité en sciences politiques

    Cette démission est-elle un aveu d’échec du PAM ?

    Cette démission est un aveu d’échec pour Ilyas El Omari et son parti à proposer surtout un leadership politique démocratique face à des adversaires redoutables comme le PJD, porté par l’élan de son leader charismatique Benkirane. El Omari qui se considère comme un fils du Rif, un pur produit du terroir, exploitant régulièrement cette dimension communautaire dans son discours, était appelé à prendre les devants et faire l’intermédiaire lors des débuts du hirak, lorsque Mohcine Fikri est décédé. On se rappelle tous à l’époque la difficulté et surtout l’embarras de l’administration centrale à contenir la grogne populaire. Il faut rappeler à cet égard ces images saisissantes où l’on voyait dans la rue certains représentants du Makhzen obligés d’engager un dialogue forcé avec les activistes d’un mouvement de contestation non conventionnelle et en gestation, à commencer par son chef Nasser Zefzafi, à l’époque un leader en herbe.

    Au lieu de cela, El Omari s’est fait très discret et controversé. C’est d’ailleurs, ainsi qu’il procède: il fait un retrait à chaque fois qu’il est confronté à une tempête ou une grande tension. Chose qui explique en partie son échec aujourd’hui à construire un leadership démocratique fort et conquérant. Mais ce ne sera pas pour autant la fin. El Omari a toujours agi dans les coulisses, il reviendra à l’ombre et essayera de redéployer son réseau d’influence. C’est le propre même de la vie politique marocaine où les décisions sont souvent prises dans la confidentialité sous forme de transactions conclues entre les protagonistes dans le secret le plus total. Ce qui atteste d’ailleurs de ce déficit de transparence qui traverse le système politique et qui rend, par conséquent, difficile l’identification des responsables qui préfèrent souvent agir de loin et dans l’ombre rendant du coup le processus de gouvernabilité biaisé et parfois non démocratique.

    Quel profil pourrait succéder à El Omari ? 

    Lors de son dernier discours, le roi a longuement mis en exergue la question des compétences managériales de l’élite politique appelant les responsables à assumer leur responsabilité ou quitter leur poste.  Dans ce contexte, la relève au sein du PAM devrait à mon avis être assurée par un technocrate ou un gestionnaire (low profile) qui aura pour mission de fédérer les diverses tendances au niveau du PAM loin des débats idéologiques acharnés et caractérisés par la violence politique et symbolique. Ce faisant, le PAM reviendra probablement à ses «fondamentaux» adoptés dans la plateforme idéologique du parti à commencer par l’engagement dans un modèle « social-démocrate » qui cautionne les directives du monarque à privilégier le développement socioéconomique sur la compétition politique et idéologique, combien importante, à mon sens, pour la modernisation politique.

    Si cette tendance se confirme, le PAM devrait, à mon avis, réfléchir à la possibilité à venir de faire office d’allié privilégié du RNI.

    Dans quelle mesure une alliance PAM et RNI est-elle plausible aujourd’hui?

    Cette hypothèse pourrait favoriser l’émergence programmée, d’ici aux prochaines élections, d’un pôle politique (RNI-PAM), à l’image d’un contre-balancier, qui prétend défendre un «libéralisme-moderniste» face à un pôle réformiste-conservateur incarné par le PJD et potentiellement l’Istiqlal. L’appel du roi à la bipolarisation de la vie politique au-delà de son caractère en apparence réformiste, visant la lutte contre la prolifération des partis, dissimule en réalité une volonté à peine voilée du pouvoir à procéder à une régulation autoritaire par le haut de la vie politique.

    Dans cette configuration et malgré tout ce que l’on pourrait dire, je reste convaincu que le PAM continuera de jouer son rôle initial, à savoir un parti de l’État, une carte de choix dans les mains de la monarchie pour contrecarrer toute domination partisane. Vu ainsi, le retrait certainement négocié d’El Omari n’est qu’une séquence politique générique qui sera vite oubliée. L’objectif non déclaré ici est de créer une diversion en récupérant un homme du sérail de manière à désamorcer une crise politique, dont il est le responsable politique direct, au moins au vu de ses fonctions dans la région du Rif encore agitée et plus ou moins survoltée.      

     

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