Place de la femme dans la société… Cinq questions à la sociologue Safae Kaddouri

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La femme active dans le domaine de la recherche a pu jouer des rôles de premier plan au sein de la société marocaine, en décortiquant la situation de la femme, en analysant et apportant des éclairages sur le chemin parcouru et les pas qui restent à gravir.

La sociologue et professeur d’enseignement supérieur à l’Université de Sidi Mohamed Ben Abdallah à Fès, Safaa Kaddouri, aborde, dans un entretien, la place qu’occupe la femme actuellement dans la société, au prisme de l’observatrice aguerrie, et propose des pistes de réflexion.

.-1-Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la place de la femme dans la société ?.

Il est difficile de brosser un tableau clair de la place de la femme dans la société marocaine, en raison du manque d’homogénéité et de la présence de disparités au sein des différentes catégories de femmes. Les caractéristiques qui les distinguent diffèrent, que ce soit en termes d’éducation, de milieu de résidence (rural/urbain) et d’appartenance à une classe ou une autre. C’est ce qui influe sur le niveau de productivité et de participation économique de la femme marocaine et sur son statut au sein de la société.

Dans ce cadre, nous pouvons avancer que le statut de la femme marocaine oscille entre deux positions. D’abord une place de ‘’prestige’’ en termes de reconnaissance de ses compétences et l’importance de ses rôles dans l’édification de la société. Ce statut concerne la catégorie de femmes qui ont eu la chance de faire des études et de pouvoir relever des défis et d’occuper des postes de responsabilité et de décision. Il y a ensuite un statut ‘’bien moins reluisant’’, dans lequel les manifestations de mépris, d’exploitation et de soumission émergent, privant la femme de son droit d’émancipation de la domination masculine.

.- 2- Comment peut-on approcher aujourd’hui le développement de la situation de la femme ?

L’approche de développement de la condition de la femme soulève aujourd’hui une sorte de controverse, car bien que les femmes marocaines aient pu surmonter de nombreuses difficultés, avoir accès à un ensemble de revendications, s’impliquer dans l’action de développement et participer aux organisations non gouvernementales, ces évolutions ne traduisent pas la réalité de sa situation.

 

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En outre, un certain nombre d’initiatives visant à intégrer les femmes se heurtent à de nombreux cas de résistance. Nous constatons, par exemple, que les efforts publics de soutien de la scolarisation des filles ou de réduction des taux d’analphabétisme des femmes en milieu rural, en vue de leur intégration socio-économique, sont confrontés à des préjugés d’ordre culturel, empêchant l’atteinte des objectifs escomptés et le gaspillage des énergies des acteurs.

3- Dans quelle mesure les efforts consentis ont-ils eu un impact positif sur le statut de la femme dans la société?

Il faut tout d’abord souligner la multiplicité des aspects d’implication de la femme dans la société : au sein de la famille, au travail, dans les institutions éducatives, sanitaires ou judiciaires. Nous constatons également que le processus de militantisme féminin, qui a œuvré pour la promotion de la condition de la femme, lui a permis d’arracher un certain nombre de droits sociaux et politiques. Toutefois, ces droits auront un impact limité, si nous ne sommes pas capables de travailler sur les structures mentales, pour pourchasser toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme.

4-Quels sont les principaux acquis qui ont couronné la lutte des femmes pour l’obtention de leurs droits ?

Nombreux sont ces acquis. Nous pouvons citer notamment l’article 19 de la Constitution de 2011, qui interdit toute forme de discrimination sur la base du sexe, l’instauration du principe de parité entre les hommes et les femmes, l’appel à l’égalité des droits et des libertés civiques, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux, le droit pour les femmes de bénéficier des terres Soulayates, le fonds de solidarité sociale pour les femmes divorcées, le Fonds de soutien aux veuves et les programmes d’autonomisation et d’accompagnement visant à réduire la pauvreté et la précarité parmi les femmes.

5- Quelle lecture faites-vous des perspectives de promotion du rôle de la femme au sein de la société ?

Il est urgent aujourd’hui de poursuivre les efforts visant à promouvoir les droits de l’autonomisation culturelle, politique et sociale des femmes, comme il est impératif de considérer la question des femmes comme l’un des projets principaux pour le renforcement d’un État démocratique, qui requiert l’adhésion efficace de toutes les composantes de la société, hommes et femmes.