PJD: le kif de la discorde

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Déjà mis sous pression par l’adoption d’un nouveau quotient électoral, le parti de Saad Dine El Othmani risque tout bonnement d’imploser au cas où le projet de loi sur le cannabis est adopté par le gouvernement.

Le kif, ce n’est pas vraiment leur came aux dirigeants du PJD et pourtant, le parti au référentiel islamiste s’apprête à faire passer le projet de loi sur le cannabis qu’il avait vivement combattu lorsque Abdelilah Benkirane dirigeait le parti. Ce dernier n’y est d’ailleurs pas allé par quatre chemin en menaçant ses « frères » de démissionner du parti de la lampe si le projet de loi finissait par être adopté par le gouvernement.

La menace adressée par Benkirane en interne aux responsables du parti a eu l’effet escompté. Le conseil de gouvernement a reporté à deux reprises l’examen du projet de loi, signe que le parti qui dirige la majorité gouvernementale hésite à faire passer une loi qui risque de faire imploser la formation politique à quelques mois des élections générales.

Une opposition de principe

Commençons par un rappel des faits. Le 23 février dernier, le département de Saâd Dine El Othmani annonce contre toute attente l’examen en Conseil de gouvernement d’un projet de loi portant usage légal du cannabis. Quelques jours après cette annonce, l’ex-chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, adresse une missive à ses camarades du PJD où il les informe de son intention de quitter le parti en cas d’adoption dudit projet. Depuis lors, le projet de loi est resté dans le tiroir du gouvernement à cause des pressions de Benkirane.

 

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Pour comprendre l’opposition de Benkirane, toujours très populaire au sein de la formation islamiste, à ce projet de loi, il faut remonter à la précédente législature où l’ex-chef du gouvernement affichait ostentatoirement son opposition à toute légalisation du cannabis, défendue avec acharnement par Ilyas El Omar, ex-patron du PAM et ennemi juré de Benkirane.

Comment le parti qui gouverne peut-il accepter de faire passe une loi longtemps défendu par le premier parti d’opposition, le PAM, avec lequel il s’était livré à une bataille larvée lors de la campagne électorale du scrutin législative de 2016? C’est en somme la question que le camp de Benkirane se pose et pose aux dirigeants actuels du PJD, qu’ils accusent de jouer le jeu du PAM en pleine année électorale.

Pour les proches de Benkirane, l’examen de ce projet de loi à quelques mois des élections générales n’a d’autres buts que de fragiliser encore un peu plus un PJD déjà « victime » de la loi sur le quotient électoral qui pénalisera grandement le parti en terme de sièges lors de la prochaine législature. Un projet qui a fait liguer l’ensemble des partis représentés au parlement contre le PJD. « Et en plus de cela ils nous demander d’accepter de légaliser le cannabis? », peste un proche de Benkirane.

Quitter la majorité où faire exploser le parti

« Pourquoi maintenant ? Cela fait 100 ans que le kif est dans l’illégalité, ce ne sont pas les quelques mois qui nous séparent des élections qui vont changer la situation économique du Maroc ? », s’interroge ce proche de l’ancien chef du gouvernement. « On aurait pu attendre les élections. Le temps d’organiser un large débat. Si on fait passer cette loi maintenant, ce sera une malédiction pour notre parti », craint la même source, pour qui la crédibilité du parti islamiste est en jeu.

 

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Autre crainte formulée par le courant benkiraniste; que le cannabis soit par la suite légalisé à but récréatif. Que ce projet de loi ne serve finalement que de première étape avant une légalisation plus large qui sera par la suite promue par l’Etat.

Face aux attaques auxquelles ils se disent victimes, Benkirane et son clan estiment que le parti n’a plus sa place dans la majorité. Que le PJD est entrain de se renier. Qu’il est temps que Saâd Dine El Othmani se retire de la majorité avant que le parti ne finisse par imploser.

En attendant, l’examen du projet de loi sur le cannabis légal reste otage des divisions qui se font jour au PJD.