Pénurie de médecins ? Tata opte pour la solution sénégalaise

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Après les Chinois et les Coréens, des médecins sénégalais sont attendus pour occuper des postes désertés dans la région de Tata. Une nouvelle preuve de la faillite de notre système de santé qui doit faire appel au marché de travail international pour répondre aux besoins.
Canicule, manque d’infrastructures hospitalières, salaires démotivants… autant dire que les jeunes médecins ne se bousculent pas aux portillons des centres hospitaliers de la province de Tata. Un vaste territoire d’une superficie de 25.925 km2 où vivent près de 118.000 habitants qui ne disposent que de 8 médecins. Le ministère de la Santé a bien prévu l’affectation de 80 médecins pour la région de Sous-Massa en 2018, mais la province de Tata reste le parent pauvre de la région.
Pour pallier à ce manque de personnel médical, le Conseil de la province a usé de sa capacité juridique à signer des conventions pour engager près de 18 médecins sénégalais. «La région leur a préparé des logements et les conditions nécessaires pour exercer leur mission. Malheureusement, les conditions climatiques de la région éloignent les jeunes médecins marocains», regrette un responsable de la délégation régionale du ministère de la Santé.
Cependant, l’arrivée des médecins sénégalais occulte celle des médecins coréens et chinois qui exercent déjà dans des villes comme Settat qui ont signé des conventions commerciales avec ces deux pays, comportant un volet sanitaire.
Médecins sans frontières
Statistique éloquente: selon une étude du Conseil national de l’Ordre des médecins en France, les praticiens nés au Maroc représentent la deuxième communauté de médecins nés à l’étranger. En 2017, ils étaient 7.000 médecins marocains exerçant en France. Comme on ne prête qu’aux riches, le tableau s’inverse totalement au Maroc où la carte sanitaire comporte des zones totalement désertées par les médecins.
«Sous l’ère de la ministre Yasmina Baddou, sur les 18 médecins affectés dans la région, seuls trois ont rejoint leurs postes. Pour ne parler que de la région de Tata, il existe de dispensaires, mais ils ne disposent d’aucun équipement. En semaine, ils reçoivent une à deux personnes par jour qui reçoivent des soins rudimentaires, et faut-il encore que l’infirmier soit de service. Mais le jour du marché hebdomadaire, plus d’une centaine de personnes se rebattent sur ces centres. Commet gérer ce flux quand vous n’avez pas de médecins, ni de matériel? », analyse Aziz El Ghali, responsable des questions de santé au sein de l’Association marocaine des droits de l’homme.
C’est grave docteur?
L’arrivée des médecins sénégalais risque de poser des problèmes réels. Il ressort des opinions des personnes interrogées que la mission de ces médecins s’avère compliquée en raison de leur méconnaissance de l’arabe et l’amazigh.. «Les médecins chinois travaillent dans des centres de santé avec un staff qui comporte des traducteurs, alors que les futures médecins de la région de Tata seront livrés à eux même face à la population», déplore Aziz El Ghali.
Quant à l’ordre des médecins au Maroc, s’il ne voit aucun inconvénient juridique à l’inscription des ces praticiens venus d’ailleurs, il soulève néanmoins quelques réserves: «Cette pénurie est artificielle en raison des salaires qui ne dépassent pas 7000 dirhams pour les médecins affectés dans ces régions. Par ailleurs, depuis quelques années, plus de 80% des diplômés en médecine sont des femmes. Ce qui complique leurs affectations dans ces régions», souligne Abdelkrim Zubairi, membre du Conseil régional de l’Ordre des médecins du Grand Casablanca.
Zoubaidi s’interroge également sur la formation de ces médecins et les risques juridiques qu’ils encourent en assurant des urgences dans des régions qui ne disposent pas des minimas requis pour gérer les cas graves. «Ramener des médecins de l’étranger n’est pas une solution viable à long terme. L’État doit rendre attractif l’exercice de la médecine dans ces régions», conclut-il.