Au Maroc, ces objets volants sont interdits au grand public, mais cette prohibition à outrance pourrait faire rater au pays l'occasion de bénéficier de plusieurs avantages pratiques et économiques.

Dimanche 17 décembre 2017. La police judiciaire de Rabat est en alerte maximale. En cause, l’engin survolait la Cour constitutionnelle, une aile du palais royal, ainsi que des locaux militaires et sécuritaires. Des unités de police interpellent trois Mexicains, dont une fille, qui téléguidaient le drone. Après avoir arrêté les prévenus qui étaient en visite touristique à la mosquée Sounna, les autorités sont parvenues à récupérer le drone et ont ouvert une enquête pour connaître les circonstances de l’incident.

C’est que les drones sont formellement interdits au Maroc et depuis 2015, une circulaire de l’administration des douanes soumet leur  importation à une licence spéciale. Une restriction qui s’étend également aux modèles réduits d’avions.

Danger volant non identifié

Comme tous les outils embarquant des technologies modernes, l’usage des drones est à la fois nécessaire, mais comporte également des dangers réels. La prévention des risques sécuritaires est le principal motif avancé par les autorités pour justifier leur interdiction.

Récemment en Arabie Saoudite, un mini-drone qui se serait approché trop près du palais royal à Riyadhet aurait été abattu par les forces de sécurité saoudiennes.

Mars 2016, en France. Un drone survole la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne). Rapidement, une enquête est ouverte par la gendarmerie du transport aérien pour découvrir ses propriétaires. Par la suite, d'autres survols de sites très sensibles dans plusieurs pays européens poussent les autorités à créer des zones d’exclusion aérienne autour de ces sites. Cependant, ces objets volants difficiles à repérer et à traquer laissent planer un autre danger.

En effet, sur plusieurs champs de bataille, les nouvelles générations de drones ou ceux bricolés, peuvent porter des charges explosives, comme c’est le cas en Syrie et au Yémen.

Un revirement qui a été anticipé par plusieurs pays, dont le Maroc. Cependant, le côté léthal de ses objets volants ne doit pas occulter qu’ils sont en passe de devenir des outils d’un aide précieuse dans plusieurs domaines.

Récemment, Amazon a annoncé son intention d’ouvrir un centre de recherche dédié à la livraison de colis par drone, alors qu’en 2017 a été lancé le York City Drone Film Festival, un événement entièrement dédié aux films tournés par ces objets.

Conscient de l’intérêt des drones, l’Etat marocain permet exceptionnellement leur usage par certaines sociétés de productions cinématographiques, certains organismes publics ou encore les administrations qui pour des fins professionnelles ont besoin d’importer et utiliser ces engins.

Quand des drones supplantent l’Homme

Si la législation marocaine autorise l’usage de ces objets, cette «facilité» reste tout de même délicate puisque les utilisateurs de drones doivent bénéficier d’une autorisation délivrée par l’autorité locale. Les demandes d’importation doivent être soumises au Ministère Délégué chargé du Commerce extérieur et ne seront satisfaites qu’après l’accord du Ministère de l’Intérieur. Quant aux demandes d’exploitation, elles sont soumises à la Wilaya. Une procédure qui prend du temps et nécessite un renouvellement à chaque besoin.

«Une autorisation est requise pour chaque tournage. Ces autorisations sont demandées auprès des préfectures, et nous devons préciser les lieux à survoler, les dates, les heures et les coordonnées GPS. Légitime certes, mais frustrant pour nous, nous fonctionnons à délai, et cette formalité est un travail de plus», nous confie un employé d’une société de production.

Par ailleurs, les drones et objets volants n’échappent pas au trafic et au marché noir. Sur plusieurs sites internet, des annonces de drones à vendre sont facilement détectables. Ayant contacté l’un des annonceurs, il nous dévoile que ses produits proviennent d’Espagne. «Dans certaines quissariats de villes du nord, on peut s’en procurer si on connait les bonnes personnes», nous confie notre source.

 

Mis à part le plaisir que peuvent procurer ces drones aux amateurs, leur utilité ne peut être méconnue, cette technique a procuré des résultats considérables aux pays qui ont choisi de l’utiliser. Le Maroc s’en aperçoit lentement. La Mutuelle agricole marocaine d’assurance (MAMDA) a opté en 2017 pour l’utilisation de cette pratique pour repérer les zones agricoles touchées par les événements climatiques et évaluer les dégâts pour les agriculteurs dans des délais réduits. Les drones peuvent également être utilisés pendant les interventions d’urgence par les services de sûreté et pendant les opérations de grande ampleur. En attendant l’évolution de la législation à cet égard, tout un champ de profit technologique risque d'échapper au Maroc.