Et si on calculait ce que nous coûte un parlementaire?

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Salaires, retraites et avantages des députés parlementaires, ces questions occupent depuis longtemps une place importante dans le débat public. Les débats sur ce sujet, tantôt populistes tantôt bien fondées sont régulièrement suscités depuis 2011. Combien touche vraiment un parlementaire? A combien s’élève sa retraite? A t-il beaucoup d’avantages? Détails.

Le débat sur les retraites des députés parlementaires refait surface. En janvier 2015, une manifestation organisée par l’Association marocaine des biens publics devant le Parlement revendiquant la fin des retraites pour les députés parlementaires provoquera une véritable polémique sur les réseaux sociaux. S’en suivront discussions, pétitions et hashtag… Mais la mouvance ne trouve pas écho chez les décideurs.

Au début du mois d’octobre, la Caisse nationale des retraites et d’assurances à la CDG a annoncé la faillite de la caisse des pensions parlementaires. Malgré les demandes de Lahbib Malik, président de la chambre des représentants au chef du gouvernement d’injecter 100 millions de dirhams dans la caisse, Saad Eddine El Othmani fait silence radio. Il s’inscrit presque dans le même sens que le groupe parlementaire de son parti qui a demandé l’annulation définitive des retraites, décision soutenue également par le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane.

Combien touche exactement un parlementaire au Maroc ?

Un parlementaire, tout en étant exonéré des impôts, touche 33 000 dirhams « d’indemnités », une sorte de salaire mensuel. Un chiffre qui augmente de 7000 dirhams pour les présidents des groupes et des commissions parlementaires. « Vous comprenez maintenant pourquoi les députés se battent pour décrocher les responsabilités des commissions, rien n’est gratuit », commente un ancien député PJD.

Notons qu’un député peut toujours pratiquer d’autres fonctions durant son mandat au Parlement. Les parlementaires qui travaillent dans la fonction publique ont par ailleurs la possibilité de reprendre leur fonction après la fin du mandat, tout en gardant bien évidemment leur retraite parlementaire.

Retraite: comment ça marche ?

Une fois le mandat terminé, le député touche sa pension de retraite avec comme seule condition: passer un minimum de 2 ans au Parlement. « Les députés donc qui se sont vus perdre leurs sièges parlementaires suite à une décision de la Cour constitutionnelle ne touchent pas de pension », nous explique un cadre administratif à la chambre des représentants ayant requis l’anonymat.

Pour assurer ces retraites, les contribuables marocains payent 2900 dirhams mensuellement pour chaque député, les parlementaires quand à eux cotisent le même chiffre pour financer leurs propres pensions. La retraite est calculée ainsi: 1000 dirhams pour chaque année passée au Parlement, soit 5000 dirhams pour un mandat complet. Mais le chiffre est plafonné, même si le député passe plusieurs mandats au Parlement. Député depuis 1963, l’Ufspiste Abdelouahed Radi à titre d’exemple ne touchera pas plus que 20 000 dirhams de pension de retraite.

Des bonus aussi..

Etre député c’est aussi profiter des avantages de transport, hébergement et autres… Un parlementaire a droit à une carte de train, première classe, qui lui permet de se déplacer gratuitement partout dans le pays, outre les indemnités du carburant avec un minimum de 800 dirhams, et des frais d’autoroutes tous payés par l’argent du contribuable.

« Un député qui habite à Rabat, mais profite tous de même des frais d’autoroute et d’une carte de gratuité pour les trains, c’est limite de l’arnaque et de la rente », estime la même source au PJD.

Pour chaque journée au Parlement, un député à le Droit à une ou plusieurs nuits dans un hôtel à Rabat avec une moyenne de prix, selon une source au Parlement, de 900 dirhams. Des déplacements à l’étranger sont bien sûr payés par l’Etat, outre une somme quotidienne d’argent de poche de 2000 dirhams pour chaque député en mission.

« L’annulation de ces privilèges n’est pas forcément une solution équitable et juste. Mais il y a différentes idées à proposer, notamment d’adapter les salaires, indemnités et pensions selon la situation de chacun », propose pour conclure ce député du parti du tracteur.