Noureddine Ayouch: «Il n’y a pas de communication de crise au Maroc»

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Campagne de boycott, communication de crise des entreprises et des responsables publics, les répercussions de ce mouvement né sur les réseaux sociaux… le publicitaire Noureddine Ayouch nous livre son éclairage.
H24info : En votre qualité d’homme de communication, comment jugez-vous les réactions des responsables publics sur la campagne du boycott ?
Noureddine Ayouch : Je pense qu’elles n’étaient pas réussies. Certaines sont même dangereuses et n’ont fait qu’embraser la situation, car au Maroc il n’y a pas de communication de crise. Les entreprises tâtonnent, perdent leur sang-froid et se précipitent pour communiquer sans avoir les effets escomptés. Dans ce genre de situations, il faut réagir avec sagesse et adopter un langage de vérité et ça payera automatiquement auprès des citoyens. Les réactions que j’ai vues jusqu’à présent étaient ratées et manquaient de sagesse.
Que pensez-vous de la campagne de boycott en général ?
Je pense que c’est une manipulation, car on ne sait pas qui est à son origine, ni ses buts. Je n’ai pas vu des personnes qui revendiquent la création de ce mouvement, ni association de protection des consommateurs, ni des partis politiques et encore moins un réseau social. D’autre part, cette campagne est sélective, car elle ne vise pas l’ensemble des produits, mais spécifiquement trois entreprises. J’ai du mal à comprendre la logique derrière, car si on souffre de la cherté de la vie, par principe, on boycotte tous les produits pour envoyer le message. Je pense aussi que cette campagne part d’un mensonge, car il n’y a pas eu d’augmentation des prix des produits laitiers. La Centrale Laitière a publié un communiqué dans lequel elle affirme que les prix n’ont connu aucune augmentation depuis 2013 malgré l’augmentation du coût de production.
Pensez-vous que la campagne aura un impact sur les entreprises visées par le boycott ?
Oui, elle a un impact fort sur les produits et sur les entreprises, car plusieurs citoyens ont rejoint le mouvement, surtout les classes populaires. Ceci exprime une révolte contre le système économique du pays et la défaillance de son modèle économique et social, comme l’a soulevé le roi. Il nous faut adopter un nouveau modèle social, et le plus rapidement possible pour stopper cette hémorragie sociale. Nous n’avons créé que 55 000 emplois en 2017. C’est peu et cela se répercute automatiquement au niveau social. Pour revenir à la campagne, je crois qu’il y’a un risque sur un moyen et long terme de fermeture pour les entreprises sujettes au boycott. Ce sera regrettable pour l’économie marocaine et surtout pour les employés de ces entreprises et les petits paysans qui leur vendent le lait.