Mounir Mahjoubi: un Marocain dans le gouvernement Macron

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Figure du milieu des entrepreneurs français, il a dirigé le Conseil National du Numérique avant de gérer la campagne numérique d’Emmanuel Macron. Ce franco-marocain vient d’être nommé secrétaire d’Etat chargé du Numérique.

Son nom était jusqu’à présent connu du petit milieu du numérique français. Désormais, Mounir Mahjoubi ne se contente plus des rubriques «entrepreneuriat» ou «nouvelles technologies» des médias. Il s’affiche partout, dans les journaux télévisés, dans les matinales des radios et, évidemment, sur les réseaux sociaux. Âgé de 33 ans, il fut le directeur de la campagne numérique d’Emmanuel Macron. La tâche ne s’est pas limitée à la communication en ligne: Mounir Mahjoubi a dû gérer les vagues de piratages informatiques qui ont touché l’équipe du candidat. Récoltant au passage les louanges de la presse américaine encore traumatisée par les affaires de hacking qui ont secoué leur propre élection présidentielle. «Les pirates informatiques sont venus, mais les Français étaient préparés», s’enthousiasme le New York Times, dithyrambique.

Entrepreneur et militant

Avant de courir après les hackers, Mounir Mahjoubi était entrepreneur. Il est titulaire d’un CAP Cuisine, d’une maîtrise de droit de la Sorbonne et d’un master de finance de Sciences Po Paris. En 2010, il cofonde la société Equanum, qui exploite la plateforme La Ruche qui dit Oui. Cette dernière permet à des agriculteurs et des artisans de vendre leur production en circuit court. L’entreprise a levé plus de 11 millions d’euros depuis sa création. Mounir Mahjoubi en quitte sa direction deux ans plus tard pour s’impliquer dans la campagne présidentielle de François Hollande. Il prend aussi la direction de BETC Digital, une agence marketing spécialisée dans le numérique, filiale du groupe Havas. Il fondera une nouvelle entreprise en 2016, French Bureau.

La même année, François Hollande nomme Mounir Mahjoubi à la tête du Conseil national du numérique (CNNum), en remplacement de Benoît Thieulin, dont le mandat arrivait à expiration. Cette commission indépendante, composée de trente membres bénévoles et experts du numérique, a une mission consultative. Elle rend des avis et des recommandations publiques sur des questions relatives à l’impact du numérique sur la société et sur l’économie. Sous la direction de Mounir Mahjoubi, le CNNum a sévèrement critiqué le fichier TES, qui permet au gouvernement de regrouper les données personnelles de près de 60 millions de Français. Sa demande de suspension n’a néanmoins pas été entendue par le gouvernement.

Mounir Mahjoubi retrouve le chemin des campagnes électorales en janvier 2017. Il quitte la direction du CNNum et annonce rejoindre l’équipe d’Emmanuel Macron. «Il est selon moi le seul capable de créer les conditions d’une véritable transformation de la France», avait-il expliqué dans un article publié sur le site Medium. Outre ses prises de paroles sur le piratage informatique, il est l’avocat idéal des idées du président de la République sur les nouvelles technologies et l’entreprenariat.

La rumeur lui prêtait depuis plusieurs semaines un poste au gouvernement, forcément au Numérique. C’est chose faite. Mounir Mahjoubi a également été investi par La République en marche pour les législatives. Il est candidat dans la 16e circonscription de Paris, dans le XIXe arrondissement, face au secrétaire général du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis. Une bataille difficile, mais dont la victoire risque d’être une condition sinequanon pour rester au gouvernement après les législatives.