Moncef Marzouki tire à boulets rouges sur le Polisario et le régime algérien

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Moncef Marzouki, président de la République du 13 décembre 2011 au 31 décembre 2014 REUTERS/Zoubeir Souissi (TUNISIA - Tags: POLITICS)

Pour l’ancien président tunisien le blocage du dossier du Sahara par l’Algérie entrave le «rêve d’un Maghreb uni». Moncef Marzouki dit également espérer qu’un changement de leadership en Algérie se produise pour trouver une solution à ce dossier, dont la plus probante est celle proposée par le Maroc.

Dans une interview accordée au quotidien Al-Quds al-Arabi, l’ancien président tunisien (2011-2014) Moncef Marzouki ne ménage pas ses mots en commentant les récents évènements dans la zone d’El Guerguerat.

Pour l’ancien chef d’État, «il est clair qu’il existe des forces déterminées à abandonner le projet maghrébin. Par conséquent, chaque fois que nous procédons et trouvons une solution raisonnable au problème sahraoui dans le cadre de l’initiative d’autonomie marocaine sur le Sahara et d’une grande Union maghrébine, certaines forces mènent une sorte de frappe pour l’empêcher».

 

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Moncef Marzouki affirme plus loin qu’«il y a une solution, qui est l’initiative d’autonomie marocaine, avec la construction d’une Union maghrébine plus large qui inclut les Sahraouis et le reste du peuple maghrébin». Mais «les responsables de l’échec du projet maghrébin sont ceux qui sont à l’origine des récentes opérations du Polisario, qui n’ont d’autre but que d’empêcher tout rapprochement ou la réalisation du rêve maghrébin», dénonce-t-il.

«Otages d’un régime»

Lors de son mandat, Moncef Marzouki avait convié les dirigeants des États maghrébins à Tunis. La question du Sahara devait y être abordée avec une série de propositions, notamment octroyer «l’accès à l’océan Atlantique à l’Algérie si le Maroc était d’accord», explique-t-il. «Toutes ces idées pleines de bonnes intentions auraient pu faire bouger le dossier dans l’intérêt des peuples et des États, mais malheureusement les erreurs de calcul et les vieilles haines ont prévalu», dénonce-t-il, soulignant que tous les dirigeants ont accepté, «à l’exception des dirigeants algériens».

Pour l’ancien président la «politique de gaspillage» menée par l’Algérie depuis quarante ans «doit prendre fin». «Aujourd’hui nous devons entrer dans un processus positif de rapprochement entre les peuples. Nous ne pouvons pas sacrifier l’avenir de cent millions de Maghrébins pour le bien de deux cent mille Sahraouis, alors qu’ils se retrouvent renforcés et honorés au sein d’une Union maghrébine et sous l’autonomie de l’État marocain», a-t-il poursuivi.

 

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«Nous voulons unifier les pays et non les diviser. Car si on accepte ça, qu’est-ce qui empêchera demain de réclamer la division de l’Algérie ou de la Tunisie?», s’interroge-t-il. «Nous étions, malheureusement, otages d’un régime contre lequel le peuple algérien s’est révolté. Et mon grand espoir est que la nouvelle génération de dirigeants algériens  cherchera à mettre fin à ce problème et à construire l’Union du Grand Maghreb, qui ne sera pas avec le Polisario ou un Maroc divisé», a-t-il conclut.