Marché de gros de Casablanca: enquête sur ces mandataires qui prospèrent sur le dos des marchands

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Parmi les acteurs du marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, les mandataires sont vus d’un mauvais œil au regard d’un agrément qui leur a été accordé en 1986 et qui perdure « en dehors des lois et des règlements en vigueur ». 

Souvent absents ou inconnus, les 40 mandataires qui se partagent les 20 carreaux du marché de gros de fruits et légumes de la ville économique sont considérés par les commerçants comme « une source de désordre dans le marché », raconte Abderrazak Chabi auprès de nos confrères de TelQuel qui livre ce jour une enquête sur le sujet. Le secrétaire général de l’Association du marché de gros des fruits et légumes de Casablanca ajoute que « ces personnes qu’on ne connaît presque pas exercent leurs activités en dehors des lois et règlements en vigueur ».

Tout commence avec un statut particulier accordé à cette corporation grâce à un agrément de 1986, date de l’ouverture du marché. Les mandataires sont désignés à quotas égaux par le ministre de l’Intérieur ou son délégué parmi « les anciens résistants et le secteur libre (des particuliers, ndlr) », conformément à un dahir ministériel datant lui de 1962, explique le magazine.

Bien que le cahier des charges des mandataires impose la durée d’exploitation de l’agrément à trois ans, renouvelable une seule fois, « les mandataires ont bénéficié d’une reconduction tacite de leurs agréments étant donné que le dahir ministériel qui gère le secteur (…) donne le droit au ministre de l’Intérieur de le reconduire », éclaire Jaâfar Sebbane, directeur du marché de gros. Normalement, au bout de trois ans, le ministère de l’Intérieur doit ouvrir un concours pour désigner de nouveaux mandataires.

 

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Autre faille: « plus de la moitié des titulaires d’agréments sont décédés, et ce sont leurs ayants droit qui en ont hérités », poursuit Chabi. Un constat qui s’oppose aux dispositions du dahir ainsi que du cahier des charges des mandataires qui énonce que « le statut de mandataire ne se lègue pas ». Cette situation causerait normalement l’annulation de l’agrément lorsqu’on sait que « seule la transgression des dispositions dudit dahir conduit à l’annulation de l’agrément », rappelle Sebbane, qui ajoute toutefois que « la décision doit émaner du ministère de l’Intérieur, seul habilité à enclencher cette procédure ».

Pour ces mandataires, « il s’agit d’une poule aux œufs d’or » s’exclame le secrétaire général de l’association. En contrepartie de la gestion des transactions et de services de pesage, manutention, gardiennage et autres, ils perçoivent 7,2% sur les transactions réalisées (pouvant s’élever à plusieurs millions de dirhams) au niveau des carreaux de la halle. Sur ce taux, ils gardent pour eux 1%, reversent à la commune 6% et 0,2% à la Trésorerie du royaume pour la TVA, rapporte TelQuel. Sauf que dans les faits, « plusieurs mandataires, tout en prélevant des taxes aux commerçants, ne versent rien à la commune », révèle Chabi, SG de l’Association de ce marché de gros.

Sans compter les magasins de stockage de leurs dossiers et caisses vides dont ils bénéficient gratuitement depuis l’ouverture du marché en 1986. Le directeur rapporte ainsi le montant de près de 21 MDH de redevances d’occupation des magasins impayées. Cinq mandataires ont accepté d’apurer leurs passifs, soit 13 MDH récupérés depuis juin 2018, tandis que deux dossiers totalisant une somme de 10 MDH attendent d’être jugés par le tribunal.

Pour pallier à cette situation, le directeur du marché appelle le ministre de l’Intérieur, son délégué ou le wali de Casablanca à ouvrir un concours pour désigner de nouveaux mandataires. Le SG de l’association, de son côté, invite carrément les responsables à annuler ce statut « qui attise un antagonisme de classes, renforce l’économie de rente et maintient l’anarchie dans le marché ». Il souhaite ainsi la mise en place d’une « méthode plus juste et plus équitable qui préserve les droits des commerçants et améliore les recettes de la commune ».