Lobbying: qui sont ces juifs marocains influents ?

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La reprise des relations entre le Maroc et Israël et la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara est sans doute l’un des tournants majeurs de la géopolitique en cette année 2020. Il est également la consécration de plusieurs décennies de jeux de coulisses diplomatiques menés par les membres les plus influents de la communauté juive marocaine. Qui sont-ils ? 

Richard Attias

Né à Fès en 1959, Richard Attias est un homme d’affaires et d’influence reconnu en Europe et en Amérique du Nord. Il a quitté le Maroc pour la France à l’âge de 16 ans, pour poursuivre ses études. Il crée Publicis Events Worldwide, avant de fonder Richard Attias & Associates, une société basée à New York et spécialisée dans la communication d’influence et l’organisation de séminaires internationaux.

Ayant des entrées dans les plus hautes sphères politiques occidentales avec son statut de communicant incontournable, il n’hésite jamais à placer le Maroc dans l’échiquier de ses activités de lobbying. Il a à plusieurs reprises plaidé son attachement à son pays de naissance, rappelant l’histoire particulière de la communauté juive dans le pays, et la protection dont elle a fait l’objet de la part de ses monarques, notamment durant la période du régime de Vichy.

 

Michel Ohayon

Né au Maroc et arrivé en France en 1964, Michel Ohayon est devenu l’un des magnats de l’immobilier et de la vigne en France et en Israël. Classé en 2019 comme étant la 129ème fortune de France, Michel Ohayon détient plusieurs hôtels à travers le monde, dont le Waldorf Astoria de Jérusalem, le Grand Hôtel de Bordeaux, ainsi qu’une vingtaine de magasins Galeries Lafayette en région.

Marc Lasry

Dirigeant de l’un des fonds d’investissement les plus performants du monde, Marc Lasry est non seulement un homme d’influence mais une figure médiatique aux Etats-Unis. Ce natif de Marrakech (1959), est en effet un amoureux inconditionnel du Basket Ball, ce qui lui vaut dans le milieu de ce sport le surnom «The Moroccan Freak», après son rachat du légendaire club de NBA des Milwaukee. Toujours rattaché à ses origines marocaines, il est l’un des plus importants donateurs du parti démocrate américain.

André Azoulay

 

Conseiller emblématique du roi Hassan II et de son fils Mohammed VI, André Azoulay est porteur du principal canal de communication entre le Maroc et sa diaspora juive. Journaliste de formation, il intègre la BNP en 1980, puis intègre le cabinet du roi Hassan II afin de mener la campagne de libéralisation de l’économie. Il travaille en parallèle à la renaissance de sa ville natale, Essaouira, qui deviendra sous son influence un pôle culturel et touristique du Maroc. Pour autant, il a continué à travailler ses réseaux internationaux. En 1974, il crée à Paris le groupe « Identité et Dialogue », une organisation d’intellectuels juifs appelant dès le début des années 1970 « à la création d’un Etat palestinien vivant en paix aux côtés d’Israël ».

Il est par ailleurs membre du comité des sages pour l’Alliance des civilisations à l’ONU, président délégué de la Fondation des trois cultures et des trois religions, basée à Séville (Espagne), et administrateur du Forum méditerranéen et du centre Shimon Peres pour la paix. Il est membre du Groupe de Haut Niveau des Nations unies pour l’Alliance des Civilisations et a été élu président de la Fondation Euro-méditerranéenne Anna Lindh le 5 mars 2008 et réélu le 22 octobre 2011.

Les descendants du rabbin Haïm Pinto

Grand rabbin de la ville d’Essaouira entre 1743 à 1745, dont la tombe est aujourd’hui un lieu de pèlerinage important, le rabbin Haïm a laissé derrière lui une descendance quasi-dynastique. Lui-même père de quatre rabbins, le rabbin Yehouda également connu sous le nom de rabbin Haddan, le rabbin Yossef, le rabbin Yehoshiya et le rabbin Yaacov. Ses deux descendants les plus connus aujourd’hui sont David Pinto et Yoshiyahu Yosef Pinto, le premier est l’un des rabbins les plus influents d’Israël et le second est le président du tribunal rabbinique du Maroc. Ils exercent tous les deux une influence considérable sur les milieux kabbalistes du monde, dont fait partie Jared Kuschner, conseiller de Donald Trump, et artisan de l’accord avec le Maroc et les Etats-Unis concernant la reconnaissance de cette dernière de la souveraineté marocaine sur le Sahara.

Yariv El Baz

Décrit par le New-York Times comme l’un des «intermédiaires» du «deal» entre les USA et le Maroc, Yariv El Baz, natif de Bejaâd et  bachelier à Kenitra, est un des business-man les plus en vue en Afrique, notamment au Gabon, où il entretient des relations privilégiées avec le président Ali Bongo. Il est lié d’une profonde amitié avec Jared Kushner.

Serge Berdugo

Il s’agit sans aucun de l’un des membres les plus emblématiques de la communauté juive marocaine. Tour à tour avocat, ministre, et dirigeant de la communauté juive marocaine. Né à Meknès en 1938, il est licencié en droit puis en 1977 vice-président chargé des relations extérieures du Conseil des communautés, il en devient le secrétaire général en 1987 et à ce titre préside le Rassemblement mondial du Judaïsme marocain.  En 1993, il est nommé ministre du Tourisme par le roi Hassan II dans le gouvernement Lamrani VI, en 1994, il est reconduit au même poste dans le gouvernement Filali I. En 1995, il est décoré au grade de Commandeur de l’Ordre du Trône faisant de lui le premier Juif marocain à obtenir cette haute distinction.