Le PAM a-t-il atteint sa date de péremption?

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Depuis la fin des élections législatives, le PAM sombre dans une crise interne qui ne finira pas de sitôt. En effet, le parti s’est affaibli depuis la démission d’Ilyass El Omari et l’élection de Hakim Benchemass n’a pas arrangé les choses puisque plusieurs ténors du PAM réclament le départ de l’actuel secrétaire général. Ceci a poussé plusieurs commentateurs politiques à se demander si le PAM n’a pas atteint sa date de péremption. Décryptage.

Rien ne va au sein des rouages internes du PAM. Malgré les 102 sièges obtenus lors des dernières élections législatives, le parti est inaudible au parlement et ne joue pas, comme il devrait, son rôle de premier parti d’opposition. En cause : un enchaînement et une accumulation de désaccords internes. «C’est normal que le PAM connaisse des divergences au sein de son appareil, car son ADN est un parti rassemble-tout et ceci se répercute sur son rendement et son positionnement», analyse le politologue Aziz Chahir.

Un gap entre le discours et la pratique

Lors de sa création,  le PAM a réuni des personnes de différents bords idéologiques. « Il y en avait de tout: des gauchistes, des libéraux, des notables, des technocrates et des néo-notables… »,  rappelle le politologue qui assure que le but de la création dudit parti est de se constituer en pôle moderniste pour lutter contre le PJD. Pour lui, l’ingénierie du palais avait comme objectif de régénérer le champ politique national en donnant un coup de pied dans la fourmilière, mais « le PAM a échoué et a consolidé l’implosion du paysage politique, tant désirée et institutionnalisée par Driss Basri», affirme notre interlocuteur.

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«Devant cet état de fait, le parti fera du sur place et au lieu de renouveler la donne politique, il s’est contenté de reproduire les mêmes schémas», développe-t-il. Selon lui, ceci s’est manifesté lors des élections communales de 2009 et les régionales de 2015, creusant un grand gap entre le discours et la pratique. «Le PAM a privilégié la stratégie de la trahison et les calculs politiciens mesquins, tuant dans l’œuf tout espoir d’une vraie alternative. »

Un bilan politique mitigé

Politiquement, le PAM a réussi à devenir depuis sa création à devenir l’un des plus grands partis de la scène politique nationale, et aussi le premier rival du PJD. « Quand on met de côté les idéaux et les promesses prônées lors de la création, le PAM a réussi électoralement et politiquement. Il est entré en confrontation avec le PJD et n’a pas hésité à y faire face. Certes cet affrontement a affaibli et fait souffrir les deux formations, mais le parti islamiste en est sorti moins indemne», analyse Aziz Chahir. Alors pourquoi le PAM n’en a-t-il pas profité ?

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« Trois éléments principaux expliquent ces crises redondantes. Le premier est culturel et est lié à la composition ethnique et tribale du parti, en témoigne le monopole rifain sur l’appareil du parti malgré la résistance des Sahraouis qui ne baissent pas les bras. Le second est la guerre des égos qui a fait sombrer le parti dans une agonie voulue par le clan d’Ilyass El Omari. Aucun dirigeant n’est sujet à un consensus parmi les rangs du parti, ce qui laisse une brèche pour le retour en force de l’ancien homme fort du parti. Dernièrement, le PAM n’a pas su s’extraire de son défaut de fabrication et son péché de création. Il se devait de s’éloigner du palais et de l’administration pour mener à bien sa mission et cela passait par une normalisation avec les urnes et les citoyens afin de se créer une légitimité et des assises populaires mais les ténors de la formation politique refusaient cela. Le palais adopte aujourd’hui vis-à-vis du parti la politique du ‘wait and see’ et du laisser-faire», développe le politologue.

Le début de la fin ?

«Je ne crois pas que le PAM est en chute libre ou sera enterré prochainement» pense Aziz Chahir. Selon lui, l’idée de la création du PAM n’a pas été prise sur un coup de tête, mais a été murement réfléchie par les stratèges du Makhzen dans une logique de transformation sociétale souterraine. «Si le parti était mourant ou son poids s’était effrité,  on n’en parlerait pas», conclut le politologue. Joint par H24info, l’ancien président du groupe parlementaire Abdellatif Ouahbi ne semble pas inquiet sur l’avenir du PAM. «Nous sommes dans une nouvelle dynamique et ce n’est que le repos du guerrier», nous a-t-il déclaré.

Pour le député, le parti a toujours reporté de statuer sur ses divergences internes ce qui l’a poussé à accumuler les erreurs. «Nous avons toujours personnifié le parti. Après Al Himma et El Omari, nous devons aujourd’hui prouver à nos concitoyens que le PAM est vraiment indépendant et détient son libre arbitre. Cela passe par une harmonisation de la ligne politique et une réconciliation en interne », assure Ouahbi. Selon le parlementaire, le parti a tout son temps et n’est pas pressé, car «cette fois sera la bonne». «Nous tenons notre congrès le mois de septembre prochain. Nous allons trancher plusieurs litiges politiques et élire de nouvelles instances et le parti en sortira plus fort», conclut-il.