Le Maroc toujours sans gouvernement, les négociations dans l'impasse

Coup de théâtre et retour à zéro: après trois mois d'interminables négociations, Abdelilah Benkirane a annoncé ce weekend mettre fin aux négociations pour la formation d'un futur gouvernement de coalition.
- 'Etage supérieur' -
Tout ce bel édifice s'est écroulé en moins de 24 heures ce weekend, par communiqués interposés: le RNI a exigé d'associer aux négociations deux formations, l'Union constitutionnelle et l'Union socialiste des forces populaires. Fin de non-recevoir pour Benkirane, qui a donc annoncé mettre fin à ses négociations avec Akhannouch. "L'objectif d'Akhannouch semble évident: priver Benkirane d’oxygène", estime le politologue Mohamed Ennaji. Et au final, "affaiblir le chef du gouvernement" et le PJD, sorti grand vainqueur des législatives, décrypte Mohammed Madani, autre politologue et enseignant à l’université de droit de Rabat.
 
"Akhannouch n'agit pas de manière autonome, il est le porte-parole du centre du pouvoir (...) Il s'agit de montrer que ce qui compte ce n'est pas tant le poids électoral mais la proximité avec le palais", selon Madani. En mettant fin brusquement aux négociations avec le RNI, le chef du gouvernement, de son côté, "a changé de tactique" pour "faire remonter le problème à un étage supérieur", analyse-t-il.
 
Arbitre au-dessus des partis, le roi pourrait donc être obligé de descendre dans l'arène et intervenir pour débloquer la situation. "La Constitution est muette au cas où le chef de gouvernement désigné n'arrive pas à former sa majorité. Il revient donc au roi d’interpréter le texte constitutionnel", rappelle Tourabi. La première éventualité -peu probable- serait le recours à de nouvelles élections. La nomination d'un nouveau Premier ministre est possible, "mais serait source de tensions politiques" avec le PJD, fort de son succès aux législatives. "Une autre éventualité est une nouvelle intervention du roi pour demander la reprise des négociations, toujours sous la direction de Benkirane".
 
Un conseil des ministres du gouvernement sortant, présidé par le souverain, et qui devait avoir lieu lundi, a été reporté sans explication officielle. Il pourrait se tenir finalement mardi. Réuni lundi soir à Rabat, l'état-major du PJD a exprimé son soutien à Benkirane dans sa décision de "suspendre les discussions" avec Akannouch.