Le groupe scolaire Massignon impose à ses élèves l’achat d’ordinateurs

3261
Sit-in des "parents indignés" en juin 2018 pour protester contre le projet pédagogique numérique du groupe scolaire Louis Massignon à Bouskoura. DR

Il y a quelques semaines, le groupe scolaire Louis Massignon a diffusé ses bons de commande d’ordinateurs dédiés aux élèves des classes de CM1, 5e et 2de, confirmant ainsi sa volonté de ne pas écouter les parents indignés par la mise en place de son « projet pédagogique numérique ».

C’est un projet qui continue de susciter la polémique au sein du groupe scolaire français Louis Massignon. En juin 2018, la direction de l’établissement situé à Bouskoura a confirmé son engagement dans son « projet pédagogique numérique », suscitant plusieurs manifestations et lettres ouvertes de la part des parents réfractaires.

Outre le coût de cet investissement qui est à charge des parents, ils ne comprennent pas la « plus-value pédagogique » de ce projet. C’est le cas de Nadia (le prénom a été modifié par peur des représailles), contactée par H24Info, qui explique que « le choix de ces outils imposé par l’école est une atteinte aux droits fondamentaux ».

Cette mère de deux enfants scolarisés à Louis Massignon demande « le droit de choisir ». « Nous respectons ceux qui le veulent, mais nous demandons le droit de choisir, qu’ils ne nous l’imposent pas », s’insurge-t-elle au nom des 400 à 500 parents qui comme elle disent non au projet numérique.

 

Lire aussi : Bouskoura: le groupe scolaire Massignon renonce à la réforme du numérique

 

Dès la rentrée prochaine, les parents devront acheter à leurs enfants en classes de CM1 et de 5e, un ordinateur HP ProBook au tarif de 6.500 dirhams TTC et un autre modèle HP Pro à 8.800 dirhams pour les 2des.

« Les élèves sont harcelés par le corps enseignant et administratif qui les somme de rapporter les chèques du bon de commande », affirme Nadia qui ne comprend pas pourquoi il est indispensable à des élèves du primaire ou du secondaire d’avoir un ordinateur professionnel.

Pour répondre aux contestations, la direction avance que le projet a été validé par les associations de parents d’élèves. « Nous contestons la représentativité des parents, car nos doléances n’ont sciemment pas été transmises, cela s’appelle de la censure », argumente l’interlocutrice qui définit le projet numérique comme « non concerté, non abouti et à la charge des parents ».

 

Lire aussi : Vidéo. Les parents d’élèves de Massignon manifestent à Bouskoura

 

D’ailleurs, la Mission laïque française (MLF), association qui gère le réseau des établissements d’enseignement français à l’étranger, a cassé le projet l’année dernière pour vice de forme, mais l’appel à projet a toutefois été reconduit et obtenu par Municis. « Un délit d’initié », commente Nadia qui rappelle qu’en France, « cette expérimentation est un débat au sein des établissements et un choix démocratique financé par les collectivités territoriales et l’Etat ».

Malgré des modalités de paiement échelonné, les parents disent « suffoquer » sous les frais scolaires qui « ne cessent d’augmenter ». « Nous ne paierons pas, nous ne pouvons plus faire face! L’augmentation des frais de scolarité de 2,8% qui arrivent à la rentrée 2019-2020 nous étrangle ! », lit-on dans la lettre du « Collectif des Parents Indignés » aux responsables de l’établissement.

« Il existe des parents qui demandent le droit à un enseignement NON NUMERIQUE, cette voix doit être entendue et respectée, dans un processus de consultation transparent ; au même titre que nous respectons ceux qui souhaitent s’engager dans ce projet. », conclue la missive.