Le coronavirus, le dernier clou dans le cercueil des relations maroco-émiraties

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Depuis 2016, les relations entre le Maroc et les Emirats Arabes Unis se détériorent doucement mais sûrement. Et si quelques «dégels» ont eu lieu en 4 ans, la crise du coronavirus pourrait tout bonnement sonner le glas des rapports entre les deux pays.

Depuis quelques jours, des comptes Twitter et Facebook, principalement originaires des Emirats, ont lancé une attaque massive ciblant le Maroc et sa politique pour stopper l’épidémie du Covid-19. Ils y font notamment état d’une supposée «colère du peuple marocain contre le gouvernement El Othmani».

 

 

 

«Quand on voit cette série de posts, on se rend compte que 80% ont été lancés le même jour et se renvoient des likes et des retweets afin de maximiser leur portée», analyse l’entrepreneur et spécialiste des réseaux sociaux Ghassan Benchiheb sur sa page Facebook. Il affirme ainsi qu’il s’agit «sans doute d’une campagne de dénigrement ciblée et centralisée».

«Nous assistons-là à une campagne de diffamation sans précédent lancée pourtant par un pays supposé être un allié et un ami», nous affirme une source au ministère des affaires étrangères, qui ajoute que le département «suit ces campagnes de très près et se réserve tous les droits de saisir les entreprises telles que Twitter ou Facebook pour dénoncer ce genre de pratiques», affirme-t-elle.

 

 

فهاد اليومين، بانو شي حسابات فتويتر، بقا فيهم حال المغرب أ سيدي، و ناضو يغردون مستهدفين المغرب و حكومته..و تيشعلو…

Posted by Ghassan Benchiheb on Tuesday, 14 April 2020

 

Ainsi, en pleine crise du coronavirus, les Emirats Arabes Unis et le Maroc sont en voie de connaitre une tension inédite dans leurs relations.

«Plusieurs évènements sont venus envenimer les relations entre ces deux pays», affirme Mustapha Sehimi, politologue. Depuis le discours du roi Mohammed VI à Ryad d’avril 2016, où le souverain affirmait le refus du Maroc de tout «diktat étranger» tout en proposant une «sécurité commune» sur le modèle de l’OTAN, les pays du Golfe, et spécialement les Emirats, voient d’un mauvais œil ce tournant souverainiste.

 

Un tournant « souverainiste » peu apprécié

 

«Les tensions ont commencé par un évènement qui peut paraître anodin sur le terrain géostratégique mais qui est extrêmement symbolique, qui est le vote émirati lors de la désignation de l’organisation de la Coupe du monde 2026. Abu Dhabi a choisi de voter pour les USA, ce qui contrevient à tous les discours de fraternité. Cela a été perçu comme un geste inamical», affirme notre interlocuteur.

Cette tension a été accentuée par le conflit libyen, où les Emiratis, aux côtés des Saoudiens, sont des soutiens inconditionnels du maréchal Hafthar. Une position «que le Maroc ne partage pas» affirme Sehimi, qui indique que «la légalité internationale veut que l’on se tienne à un soutien au gouvernement de Tripoli, et aux accords de Skhirat». Le conflit libyen est donc venu empirer des rapports déjà tendus. Résultats: quasiment aucune représentation diplomatique entre les deux pays. Au Maroc, Abu Dhabi était représentée par un cadre administratif depuis plus d’un an, ce qui a poussé le Maroc a rappeler son ambassadeur.

Dernière source de tensions en date, et ce en pleine crise du coronavirus, le rapatriement de ressortissants israéliens bloqués au Maroc après être venus célébrer la Pâque juive (Pessah). Selon Galei Tzahal, journal israélien appartenant à l’armée de défense de Tel-Aviv, ces ressortissants se retrouvent «otages des tensions entre deux pays arabes». A l’origine, un accord entre les EAU et Israël avait été scellé entre ces deux pays pour faire transiter les pèlerins Israéliens via Dubaï. Seulement, le Maroc a vu cette mesure comme «une insulte», rapporte le média hébreu, car Rabat n’a pas accepté que l’accord de rapatriement se fasse sans elle…