L’alliance contre nature entre le PJD et le PAM à Tanger passe mal chez les islamistes

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Fatima Hassani au côté du Wali de la région Tanger Tétouan El Hoceima Mohamed Mhidia. Dr

Le Parti de la justice et du développement (PJD) semble avoir tourné la page de sa rivalité avec le PAM. Ce lundi 28 octobre, une alliance contre nature est née entre les deux ennemis jurés pour une «gestion commune» du Conseil de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Qui aurait cru à une alliance entre le PJD et le PAM ? Candidat pour la présidence de la Région, le député de la circonscription de Larache Said Rhairoun a retiré lundi sa candidature juste avant le vote. En contrepartie, il s’est assuré la première vice-présidence de la région ainsi que le poste de cinquième vice-président.

Cette décision, qui crée un précédent dans le pays politique marocain –une alliance entre les deux ennemis jurés n’était même pas imaginable dans un passé très récent-, a suscité beaucoup de réactions au sein du parti de la Lampe.

Difficile à digérer

Beaucoup de dirigeants du parti n’arrivent pas à digérer la décision. A leur tête le membre du Secrétariat général, Abdelaziz Aftati, qui a prétendu dans des déclarations à la presse qu’ «il s’agit d’une décision prise hors des institutions du parti du fait que le secrétariat général du parti n’a pas tenu sa réunion jeudi dernier ».

La colère a gagné également les rangs de la jeunesse du parti qui ont dénoncé «un pragmatisme de trop» qui rime avec la politique de concessions pratiquée par le parti durant ces dernières années.

Interpellé par H24info à ce propos, le désormais premier vice-président de Fatema El Hassani qui succède au démissionnaire Ilyas El Omari, Said Khairoun a considéré que «les élections pour l’élection d’aujourd’hui s’inscrivent dans le cadre d’un compromis pour une gestion commune de la prochaine étape».

«Nous sommes à deux ans, voire moins, des élections et l’objectif qui réunit les différents acteurs de la région pour le moment est le relèvement de la cadence de réalisation des chantiers ouverts et ouvrir ceux qui sont programmés», a étayé l’homme qui a mené les négociations avec le PAM.

Contrairement à ce qui a été proféré par Abdelaziz Aftati, Khairoun a affirmé que les consultations se sont déroulées sous l’œil bien veillant du secrétaire général et chef de gouvernement, Saad Eddine El Othmani.

«Nous étions en contant dialogue et en constante communication avec le secrétariat général », nous a déclaré Khairoun en précisant que «le secrétaire général et quelques membres du secrétariat général étaient au courant de l’accord».

Deux poids, deux mesures

Beaucoup sont les membres du PJD  qui ont dénoncé «une politique de deux poids, deux mesures pratiquée par la direction du parti». Celle-ci ne tolérant pas de coordination entre les élus locaux d’Oujda avec leurs homologues du PAM et avait traîné en juillet dernier les élus de l’Oriental devant des conseils de discipline avant de geler leurs adhésions et dissoudre la branche locale du parti.

Khairoun a expliqué que «les élus de Tanger ont, contrairement à ceux d’Oujda qui ont été sanctionnés pour violations des instructions du Secrétariat général, appliqué ce qui a été décidé en concertation avec la direction» et «puis, il y avait une sensibilité envers Ilyas El Omari qui n’a pas à avoir lieu aujourd’hui».

«Ce qu’il faut savoir c’est que cette décision a été prise suite à une coordination entre une commission des membres locaux et une autre au niveau du Secrétariat général», a-t-il souligné.

A noter par ailleurs que le secrétaire régional du PJD à Tanger, Nabil Chlih, s’est adjugé la cinquième vice-présidence pendant que l’Istiqlal a eu la deuxième et la septième, le RNI a remporté la troisième et la huitième. La sixième vice-présidence est revenue à l’USFP et la quatrième a été prise par le PAM.

Avec cette alliance inédite, le parti de la Lampe semble ne plus craindre l’alliance avec le PAM. L’éventualité de voir les deux partis s’entendre durablement chamboule le paysage politique marocain.