La mise en détention de Omar Radi suscite l’indignation générale

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La poursuite en état d’arrestation sur la base de l’article 263 du Code pénal, relatif à l’«outrage à magistrat», pour un tweet qu’il a posté, début avril dernier,  en réaction à la confirmation en appel des jugements prononcés à l’encontre des leaders du Hirak du Rif a suscité un tollé de plusieurs forces vives de la nation.

 

 Convoqué jeudi par la BNPJ, Omar Radi a comparu devant le procureur qui l’a inculpé pour «outrage à magistrat» et a été déféré le jour même devant le tribunal de première instance de Casablanca. Celui-ci a refusé, jeudi soir, la demande de mise en liberté provisoire présentée par la défense de notre confrère décidant de le poursuivre en détention.

Une décision qui a provoqué une vague de solidarité avec le journaliste/militant.

Des membres de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), des parlementaires, des journalistes, le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), Reporters sans frontières, des responsables, etc., ont exprimé leur refus et leur indignation concernant ce nouveau délit d’opinion.

Les moutons noirs de la CSMD

Le militant de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) et également membre de la CSMD, Karim Tazi, a exprimé dans une déclaration a accordée à Médias24 que «dans le cas de la poursuite contre Omar Radi, et de manière générale, la diffamation des institutions ou des personnes doit relever du délit civil et en aucun cas ne donner lieu à des peines privatives de liberté».

Tout en notant qu’il a une obligation de réserve avec «les personnes et les institutions avec lesquelles» il est engagé, Tazi a considéré que « cette obligation ne peut toutefois l’amener à taire mes positions ou à mettre en veilleuse ses autres activités sur ce qui ne touche pas directement la cuisine interne de ces collectif».

Selon lui, «le respect des libertés (voire une large tolérance pour certains écarts à travers une politique pénale conciliante) sont des exigences impérieuses pour donner du crédit à la volonté de changer de cap et de s’engager sur une voie réellement novatrice et inclusive».

«Le fait que les dossiers les plus brûlants de répression politique n’aient pas été apurés jusqu’à aujourd’hui risque de constituer un handicap pour l’élaboration d’un nouveau projet de développement dans lequel l’essentiel des Marocaines et des Marocains puissent se reconnaître », a-t-il écrit.

«Les évènements nouveaux, et particulièrement la poursuite engagée en état d’arrestation contre Omar Radi pour un délit d’opinion est un mauvais signal qu’il est urgent de corriger», a-t-il martelé.

L’autre membre de la Commission spéciale du modèle de développement (CSMD), Rachid Benzine, a considéré que «la mise en détention de Omar Radi nous interpelle et nous rappelle qu’aucun modèle de développement ne saurait être défendable ni viable sans la garantie de la liberté d’expression et d’information».

 

Pour ce chercheur-associé au Fonds Paul Ricoeur et enseignant de la Faculté protestante de Paris, «le développement implique la critique et le débat d’idées, ou il n’est pas».

Driss Ksikes, également membre de la Commission spéciale du modèle de développement (CSMD), a estimé que Omar Radi « a voulu prévenir contre le retour à une logique de répression arbitraire d’activistes par la voie judiciaire. L’expression de sa colère par un tweet lui vaut aujourd’hui une poursuite par le parquet et un emprisonnement temporaire malvenu ».

La profession s’indigne

Les confrère d’Omar Radi ont également montré leur soutien. La Directrice générale adjointe, chargée de l’information et des programmes de 2M, Samira Sitaïl, a considéré que l’indignation de Omar Radi suite à la condamnation de Nasser Zefzafi à 20 ans de prison a été l’indignation de tout le monde.

Tout en évitant de commenter sa réclusion «un tweet écrit dans la colère avec 1 mot de trop… », elle s’est indigné: «Autant nous enfermer tous».

 

Dans un communiqué relatif à l’arrestation et le procès d’Omar Radi, le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) a indiqué qu’il suit avec «une grande inquiétude l’arrestation et le procès de son collègue Omar Radi, suite à sa publication d’un tweet, sur la base du droit pénal».

«Quelque soit le contenu du tweet, le SNPM considère que la poursuite du collègue Omar Radi avec des articles du droit pénal au lieu du Code de la presse et de l’édition, est un fait inacceptable», a poursuivi le syndicat.

Le SNPM a, par la même occasion, exprimé son refus de cette poursuite. «Le SNPM refuse d’arrestation de notre collègue Omar Al-Radi et sa poursuite en vertu des dispositions du Code pénal, et demande sa libération immédiat».

 

L’ONG Reporters sans frontières a, quant à elle, dénoncé la décision du procureur du Roi de placer en détention le journaliste.

Des parlementaires expriment leur désarroi

Quelques responsables politiques se sont également exprimé sur l’affaire. La Parlementaire Amina Maelainine n’a pas caché son indignation par rapport à la mise en détention du militant des droits de l’Homme. «Cela m’attriste que ce journaliste soit arrêté en raison d’un tweet dans lequel il interagissait avec les jugements prononcés à l’encontre des jeunes du Hirak Rifain», a-t-elle écrit sur son mur Facebook.

«Tout le monde connaît l’atmosphère générale qui régnait au Maroc au lendemain de la prononciation de ces jugements que tout le monde jugeait durs et incompréhensibles», a-t-elle rappelé en souligant que «cela a été exprimé à l’époque même par des responsables et des déclarations de partis politiques, qui exigeaient que le tir soit rectifiée en phase d’appel, mais malheureusement ça n’a pas été le cas », a-t-elle regretté.

 

Hanan Rihab, parlementaire de l’USFP et également membre du bureau exécutif du SNPM a considéré sa convocation, son inculpation et sa poursuite en détention en un jour est juste illogique.

Selon elle, Omar Al-Radi est poursuivi dans le cadre d’une affaire de publication et d’expression et il doit être poursuivi en vertu de la loi 88.13 constituant le Code de la presse et de l’édition qui ne contient pas  de sanctions privatives de liberté.

Il y a lieu de souligner, par ailleurs, que le juge concerné par le tweet de Omar Radi, Lahcen Tolfi, qui a présidé le tribunal lors du procès des leaders du Hirak rifain et qui a, n’a pas déposé de plainte pour diffamation contre Omar Radi. La procédure judiciaire a été activée suite à une autosaisine du procureur général du roi près la Cour d’appel de Casablanca, Najim Bensami.