La décoration de Mahmoud Archane par le Sénat français indigne les droits-de-l'hommistes

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L’ancien commissaire de police, Mahmoud Archane a reçu la médaille d’or du Sénat français. Plusieurs militants des droits de l’homme ont envoyé une lettre ouverte au président du Sénat dans laquelle ils regrettent la décoration d’un «tortionnaire».
Le sénateur Christian Cambon (Les républicains), président du groupe d’amitié France-Maroc et  président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat, a remis à Mahmoud Archane la médaille d’or du Sénat. Selon les statuts du Sénat, chaque sénateur a la possibilité, au nom du président du Sénat, d’offrir une médaille commémorative.

Christian Cambon avait expliqué à RFI qu’«il ne s’agit en aucun cas d’une distinction ou d’une décoration» avant d’ajouter: «Le groupe d’amitié France-Maroc a récompensé monsieur Archane pour son engagement en tant que parlementaire au sein du groupe d’amitié France-Maroc et le groupe d’amitié France-Maroc, pas plus que le Sénat, n’est juge ni du passé, ni de l’histoire, ni des contentieux qui ont pu naître au sein du territoire marocain».
Lettre ouverte au président du Sénat
Malgré les éclaircissements et les explications du sénateur, les défenseurs des droits de l’Homme et des politiciens ne voient pas d’un bon œil la remise de cette médaille à Mahmoud Archane, fondateur et ancien président du mouvement démocratique social (MDS). Certains ont écrit une lettre au président du Sénat, Gérard Larcher pour protester contre cette décoration.
«Cet individu s’était funestement illustré dès le début des années 1960 pendant les interrogatoires -qu’il menés au centre clandestin de torture de sinistre mémoire «Derb Moulay Cherif» à Casablanca- du groupe d’opposants politiques, connu sous le nom du «Groupe Cheikh al-Arab», du nom de l’ancien résistant au protectorat français au Maroc, et de centaines de militants de l’Union nationale des forces populaires (UNFP). Plusieurs d’entre eux ont été torturés à mort sous sa direction», peut-on lire dans cette lettre. «Ses victimes et leurs familles ne comprendront jamais comment un élu de la république, patrie des droits de l’Homme, distingue un tortionnaire de cette espèce», soulignent les signataires de la lettre adressée au président du Sénat.
Parmi les signataires de cette lettre ouverte, publiée dans le journal l’humanité du 15 juin, on retrouve des associations de défense des droits de l’Homme actives en France, au Maroc, en Mauritanie et en Tunisie ainsi que le NPA et la PCF mais pas que. Plusieurs personnalités ont signé aussi cette lettre ouverte tels qu’Abdellatif Laâbi, Gilles Perrault, René Gallissot, Pierre Laurent, Mohamed Berrada, Bachir Ben Barka, Olivier Besancenot, Ignace Dalle, Jacob Cohen…

«Nous considérons que la remise de cette médaille à un tortionnaire déshonore le Sénat et qu’il vous revient de réparer et d’effacer cette offense faite à cette institution et à toutes les victimes de Mahmoud Archane, responsable de traitements cruels, dégradants et inhumains», demandent les signataires au président du Sénat.
Choc et incompréhension
Joint par H24info, Khadija Riyadi, ancienne présidente de l’association marocaine des droits de l’homme (AMDH), s’est dite surprise par la remise d’une médaille d’or du Sénat à un tortionnaire. «Ce monsieur est mis sur la liste des tortionnaires dressée par l’AMDH et je ne comprends pas comment le pays dit des droits l’homme sacre un homme qui a du sang sur les mains et accusé de violations graves des droits de l’homme lors des années de plomb au Maroc», déclare-t-elle avant d’ajouter: «C’est incompréhensible et insensé car cela donne une mauvaise image de la république française et des institutions démocratiques tels que le Sénat».
Dans la même veine, Nabila Mounib, secrétaire générale du parti socialiste unifié (PSU) nous a témoigné son choc de ce geste «irrespectueux des droits de l’homme et de la souffrance des victimes de la torture et des violations graves et répétées des droits de l’Homme». «Je pense que la France remercie Archane pour ses services rendus à la république française en tant que tortionnaire qui a tout fait pour garantir à la France ses intérêts au Maroc», accuse-t-elle.