Indemnités CNSS: les professionnels veulent une « aide financière concrète »

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L’aide forfaitaire accordée par la CNSS aux professionnels des salles de sport, crèches et industries créatives est jugée déconnectée de la réalité par les acteurs concernés. Othmane Meziane, propriétaire de Bfit Club, Kenza Bennani, directrice de la crèche Caramel, et Brahim El Mazned, directeur du festival Visa for music ont partagé avec H24Info leurs préoccupations.  

La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a annoncé, dimanche, la décision de consacrer des indemnités forfaitaires au profit des propriétaires des salles privées de sport, des acteurs des industries culturelles et des employés des crèches en situation difficile à cause de la crise du coronavirus.

Les propriétaires desdits établissements et les opérateurs en question peuvent formuler des demandes pour bénéficier de cette indemnité au profit de leurs salariés et stagiaires en formation-insertion en arrêt provisoire d’activité en raison de la pandémie et déclarés auprès de la CNSS durant le mois de février 2020, a indiqué la Caisse dans un communiqué.

Selon les avis de trois acteurs des secteurs concernés, les conditions de cette aide ne sont pas réalistes et arrivent un peu tard.

« On est content qu’il fasse attention à nous, on remercie le ministère d’avoir réagi, mais on est quand même un peu déçus par l’aide apportée, car techniquement, je ne vois pas qui pourrait en bénéficier. Telle que mentionnée, elle n’est pas faite pour aider les salariés de la crèche, mais les salariés qui sont en arrêt temporaire dans les crèches depuis le mois de septembre 2020 », commente Kenza Bennani, directrice de la crèche Caramel et membre du bureau de l’Association marocaine des crèches privées (AMCP).

 

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« Or, en septembre 2020, on a failli mettre la clé sous la porte, mais à ce moment-là, on ne pouvait pas mettre légalement des personnes en arrêt temporaire. Mon avocat m’avait expliqué qu’il était possible soit de mettre les salariés en arrêt définitif ou de les déclarer à 100%. Il y a donc des contradictions dans cette aide », poursuit Kenza Bennani qui reconnaît le caractère positif de la facilitation aux crédits contenue dans cette nouvelle aide. « Même si mon personnel trouve qu’elle arrive un peu en retard, ils en auraient eu besoin en juin dernier, quand les banques étaient plus réticentes ».

Les professionnels veulent une « aide financière concrète »

Pour la professionnelle, ce qu’il faut, c’est une « aide financière concrète ». « Il faut s’attarder uniquement sur le chiffre d’affaires, car ce dernier ne ment pas. Il faudrait une aide accordée à toutes les crèches qui ont vu leur chiffre d’affaires réduit de 50% tout en ayant gardé l’ensemble de leurs salariés », propose-t-elle.

Ce manque de pragmatisme financier dans l’aide accordée est constaté également par Othmane Meziane, propriétaire de la salle de sport Bfit Club. « Il faut rappeler que c’est une aide qui bénéficie uniquement aux salariés, on est content qu’ils bénéficient de ce petit bol d’air, mais en tant que salle de sport, nous n’avons pas d’aide concrète. On continue d’assumer nos charges fixes, nos crédits, nos dettes, donc les salles de sports continuent d’agoniser », explique le professionnel qui suppose avec déception que l’aide étendue jusqu’au 31 mai prochain laisse comprendre une prolongation de la fermeture des structures au moins jusqu’à cette date.

 

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Dans l’idéal, une reprise à la normale ou presque est l’objectif visé par les professionnels dans un futur proche. « Cette aide est un non-événement. Nous cherchons tout simplement à revenir à nos activités normales », commente à son tour Brahim El Mazned, directeur du festival Visa for music. Comme Kenza Bennani, il explique que beaucoup de ses collègues ne sont pas concernés par cette mesure qui « concerne qu’une infime minorité ».

« Ce dont on a besoin, c’est plutôt de solutions de reprises y compris partielles, réfléchies avec les professionnels. Ce qui m’intéresse, c’est de revenir à nos activités, relancer la création, car on est en train d’appauvrir le paysage culturel et on ne se rend pas compte des conséquences », poursuit le fondateur du festival qui se veut optimiste. « Par rapport à Visa For Music, on lance des appels à projets, on anticipe. J’espère que d’ici novembre, on aura trouvé des solutions pour revenir à une vie proche de la normale, par exemple avec des salles remplies à 50 ou 70% de leur capacité, il y a moyen de trouver des solutions autres que celles prises aujourd’hui, où les répétitions ne sont même pas tolérées », conclut-il.