Immigration subsaharienne: le Maroc et l’Algérie, en tête des pays enregistrant des cas de maltraitance et d’exploitation

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Image d'illustration. DR

D’après une étude du contrôle des flux de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) auprès de 1.341 migrants et réfugiés en Espagne en 2018, près de la moitié (48%) des personnes interrogées ont indiqué avoir connu au moins une expérience directe en lien avec la traite, l’exploitation ou la maltraitance durant leur itinéraire depuis 39 pays différents et le long de la Méditerranée occidentale.

C’est le résultat de sondages partagés sur le site de l’organisation intergouvernementale pour les migrants rattachée à l’ONU le 12 mars dernier et menés entre juillet et octobre 2018 dans des centres de transit et d’accueil à travers une quarantaine de municipalités espagnoles de quatre régions autonomes.

Les principaux pays d’origine des 1.341 personnes interrogées étaient la Guinée (29%), le Mali (19%), la Côte-d’Ivoire (14%), le Cameroun (6%), le Sénégal (6%), le Maroc (5%) et l’Algérie (4%). Tous les migrants interrogés étaient passés par le Maroc ou l’Algérie avant d’atteindre l’Espagne, indique le rapport.

Les périodes plus longues passées en transit étaient associées à une incidence plus élevée de traite, d’exploitation et de maltraitance en raison d’un périple plus complexe nécessitant un transit à travers davantage de pays.

Ainsi, les migrants et réfugiés en provenance des pays les plus lointains comme le Cameroun, la Gambie et la Guinée sont ceux qui avaient la plus importante proportion de réponses positives (67%, 63% et 62% respectivement) à au moins l’une des cinq questions posées en lien direct avec une expérience de traite, d’exploitation et de maltraitance. Les migrants originaires du Maroc (6%), d’Algérie (13%) et de Mauritanie (24%) étaient les moins concernés.

Le Maroc et l’Algérie, en tête des pays enregistrant des cas de maltraitance et d’exploitation

Le Maroc (46% des cas) et l’Algérie (39%), les deux pays de transit finaux les plus traversés, se sont avérés être, avec la Libye (4%) et le Mali (4%), les pays de transit où le pourcentage de cas d’exploitation et de maltraitance était le plus élevé d’après les migrants interrogés, explique le rapport. La Mauritanie, le Niger et plusieurs autres pays enregistrent des résultats beaucoup plus faibles (7%).

Parmi les actes de maltraitance, on enregistre des séquestrations, des mariages arrangés, du travail forcé ou sous-rémunéré, des violences physiques et/ou sexuelles, du trafic de sang et d’organes.

 

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Sur les 13% des sondés à avoir déclaré avoir été détenus dans un lieu contre leur volonté au cours de leur voyage, par des individus armés ou des groupes autres que les autorités gouvernementales, 27% des cas se sont passés au Maroc, en deuxième position après l’Algérie (53%).

18% de tous les répondants ont déclaré avoir eu à travailler pour quelqu’un pendant leur voyage sans recevoir le paiement attendu (construction, pêche et nettoyage…). Ces cas ont été enregistrés en Algérie (56%) et au Maroc (31%), suivis de la Libye, du Mali et de la Mauritanie.

 

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41% de tous les répondants ont déclaré avoir souffert de violences physiques pendant le voyage (les 58% restant ayant soit répondu par la négative, soit refusé de répondre). Migrants et réfugiés ont décrit ces violences comme liées aux enlèvements mis en place par des Touaregs, des Toubous et d’autres groupes de nomades dans les zones désertiques. Des passages à tabac sont également mentionnés dans le but de voler les migrants, spécialement dans les grandes villes et les lieux d’embarquement dans le nord du Maroc et de l’Algérie.

Plus précisément, environ 62% de tous ces événements auraient eu lieu au Maroc (Nador, Tanger, Rabat, Casablanca, Oujda), suivi de Algérie (27%), Libye (4%) et Mali (3%).

Enfin, 8% de tous les répondants ont déclaré avoir observé quelqu’un être menacé de
violences sexuelles pendant le voyage. Les pays de transit où ces expériences ont été signalés le plus souvent sont le Maroc (42% des cas), suivi de l’Algérie (29%), Niger (9%) et Libye (8%). Les frontières et déserts situés entre le Maroc, l’Algérie et le Niger sont les zones le plus souvent mentionnées, avec les sorties et lieux d’embarquement tels que Nador et Tanger.

« Les conclusions renforcent notre vision selon laquelle il reste beaucoup à faire pour fournir une aide spécialisée, une protection et des soins le long de l’itinéraire », a déclaré Maria Jesus Herrera, chef de mission de l’OIM en Espagne. « Au bout du compte, une grande partie de la maltraitance et de la souffrance pourrait être évitée en renforçant les voies sûres de migration légale », a-t-elle ajouté.