Harcèlement sexuel: les témoignages accablants de deux étudiantes de l’université Mohammed V de Rabat

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Image d'illustration.

Le 28 décembre 2018, une étudiante de l’université Mohammed V de Rabat porte plainte contre son professeur pour harcèlement sexuel. Plusieurs étudiantes seraient concernées; deux d’entre elles ont accepté de livrer leurs témoignages à nos confrères du magazine Telquel.

Dans les colonnes de TelQuel du vendredi 22 février, Lamia et Sanae (les prénoms ont été modifiés), racontent les sollicitations abusives qu’elles auraient subies de la part de l’un de leurs professeurs.

« Dans son bureau, ce prof commence à me parler de manière formelle avant de changer de ton. Il me prend la main et le cou et tente de m’embrasser. Tétanisée, je le repousse. Il enchaîne, comme si de rien n’était: ‘Tu as peur que je t’embrasse, pourtant c’est toi qui devrais en avoir envie’ « , confie Lamia, « traumatisée » par ces faits datant du 28 février dernier.

Elle avait été convoquée dans le bureau du dit professeur à la suite d’une dispute avec une autre étudiante, rapporte l’hebdomadaire. « Il m’a dit qu’il était en train de me donner une chance, qu’il fallait que je sache en faire bon usage », poursuit l’étudiante en deuxième année du master Management du capital humain et communication à la faculté des sciences de l’éducation (FSE).

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Informée par une amie du comportement douteux de l’enseignant, la jeune fille de 23 ans avait enregistré cet échange, qu’elle envoie avec sa plainte le 28 décembre dernier auprès du procureur du roi du tribunal de première instance de Rabat, qui lance une enquête.

Sanae, une autre étudiante du même master que Lamia, affirme elle aussi avoir subi de tels comportements de la part de ce responsable de département à la FSE, lit-on dans TelQuel. Elle aussi a été convoquée dans le bureau du professeur accusé, « après 18h », pour s’entendre dire « Je te trouve sympathique, j’ai pensé à toi et j’ai eu envie de discuter », et demandant à la jeune fille « si elle était seule ».

Bien que le professeur ait sommé la jeune fille de ne pas mentionner leur échange, celle-ci en parle avec quatre étudiantes de sa promotion. Elles décident de faire comme si de rien n’était pour finir leur master sans encombre. Mais voyant que Sanae ne donnait pas suite à ses avances, le professeur a commencé à s’acharner sur l’étudiante et ses amies au courant de l’affaire, devenant « insultant », « dénigrant » en public, les traitant de « virus de la promotion ».

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« Que ce soit pour les choix de nos exposés, nos présentations ou nos conventions de stage, il trouvait toujours le moyen de nous rabaisser (…). On avait cours avec lui une à deux fois par semaine et c’était insoutenable », précise Sanae qui pense même à abandonner son master. Lamia, quant à elle, fait des crises de nerfs et est suivie par un psychologue.

Lamia a finalement décidé de porter plainte pour « harcèlement sexuel et psychologique » et « outrage public à la pudeur », le 28 décembre dernier.Le doyen de la FSE, Abdelhanine Belhaj, prétend « suivre l’affaire avec attention », mais « ne pas avoir d’éléments précis pour trancher »; « il faut bien écouter les deux parties », ajoute-t-il.

« Le professeur en question nous a soumis un rapport où il réfute les accusations contre lui. On a donc décidé de constitué une commission de l’enquête et d’envoyer le résultat d’enquête à la présidence et au ministère qui seront habilités à prendre les décisions opportunes », conclue-t-il. Plus de détails dans le numéro de la semaine du magazine Telquel.