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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    La question du harcèlement des femmes a rebondi après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant une horde de jeunes hommes traquer une jeune femme marchant seule dans la rue.

    La séquence dure une dizaine de secondes: on y voit une femme habillée en jean et T-shirt, visiblement prise de panique, poursuivie par de nombreux hommes qui tentent de l’encercler sur une avenue de Tanger.

    Des images qui ont suscité des réactions contrastées sur les réseaux sociaux: si certains désapprouvent, d’autres s’en sont pris à la victime en jugeant sa tenue « indécente ».

    « Elle peut se dénuder si elle veut, mais pas dans notre ville conservatrice! », a commenté un internaute. « Cette traînée a eu ce qu’elle méritait! », a écrit un autre.

    Mais les médias et défenseurs des droits de l’Homme ont immédiatement condamné le harcèlement de la jeune femme.

    Au Maroc, marcher seule dans la rue relève parfois pour les femmes du parcours de la combattante: elles y subissent fréquemment remarques désobligeantes et insultes.

    « Je suis autant scandalisée par cette agression violente et collective que par les réactions désignant la victime comme coupable du fait de sa tenue vestimentaire supposée provocante, même si en fait elle ne portait qu’un simple jean et un tee-shirt », déclare à l’AFP Nouzha Skalli, militante pour l’égalité des sexes et ex-ministre en charge des Droits des femmes.

     

    Mustapha Ramid, ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme, joint par l’AFP, concède que la loi marocaine « condamne le harcèlement des femmes au travail, mais pas dans les espaces publics ».

    Il assure néanmoins qu’un projet de loi « complet » qui criminalise les violences à l’égard des femmes, incluant pour la première fois le harcèlement dans les lieux publics, est en cours d’adoption au Parlement.

     

    En termes de violences à caractère sexuel ou sexiste, le royaume présente un bilan pour le moins déplorable: près de deux Marocaines sur trois sont victimes de violences, selon des chiffres officiels. Et les lieux publics sont les endroits où la violence physique à leur égard est la plus manifeste.

    « C’est une vraie crise de valeur dans notre société », s’inquiète Khadija Ryadi, ex-présidente de l’Association marocaine des droits humains. « Des femmes sont agressées dans la rue, humiliées, insultées. A un certain moment de la nuit, ça devient l’état de siège pour elles », dit-elle à l’AFP.

    « Et encore! Nous sommes dans un quartier plutôt chic. Allez voir dans les quartiers populaires, les femmes y sont exclues de l’espace public! », vitupère Sara, la trentaine, une habitante du quartier. « Sans parler des villes conservatrices ou des bourgades reculées. Cela vous donne une image de l’hégémonie de l’homme ».

    En cause, une « culture traditionnelle » qui considère l’espace public comme réservé aux hommes et, de ce fait, « la présence des femmes comme une intrusion indue », explique Nouzha Skalli, qui évoque une « recrudescence » des agressions dans l’espace public.

    D’un côté la « libéralisation des moeurs qui légitime l’attrait sexuel pour les filles et déculpabilise la drague », de l’autre la « propagation d’une idéologie misogyne et agressive, qui les accuse de s’habiller de façon provocante et les considère comme responsables », décrypte l’ancienne ministre.

    Ces dernières années, plusieurs cas d’agressions ont défrayé la chronique, notamment sur les plages où les femmes hésitent de plus en plus à se mettre en maillot de bain. Ces agressions revêtent un caractère collectif et décomplexé, par des jeunes se considérant comme « défenseurs de la vertu », regrette Mme Skalli, qui dénonce une « idéologie moyenâgeuse et dangereuse ».

    En 2016, une page Facebook, fermée depuis, incitait à prendre en photo des femmes en bikini pour les désigner à la vindicte publique. Pour Mme Ryadi, « les idées rétrogrades véhiculées sur les chaînes satellitaires du Moyen-Orient et les discours religieux ont empoisonné notre société ».

     

    Avec AFP

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