Hajar Raissouni va porter plainte pour "torture et traitement inhumain"

à 12:25

Le parquet de Rabat a confirmé mercredi poursuivre Hajar Raissouni pour "avortement illégal" sur la base d'une expertise médicale que la jeune femme, en détention, entend contester par le biais d'une plainte pour "torture".

Hajar Raissouni, 28 ans, journaliste au quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum, a été arrêtée samedi à la sortie d'une clinique de Rabat, accusée d'avoir pratiqué un avortement illégal qu'elle nie. Elle a été placée en détention dans l 'attente de son procès prévu lundi.

Les avocats de Raissouni vont déposer plainte contre la police et contre le parquet pour "torture et traitement inhumain", pour dénoncer "l'examen médical forcé" mené par un médecin légiste après son arrestation, a indiqué à l'AFP son oncle, Souleymane Raissouni.

"De quel droit peut-on amener une femme malade suivie par un médecin chez un autre médecin pour l'examiner sans aucune décision de justice et contre sa volonté?", a-t-il dit.

Hajar Raissouni, elle, dénonce une "affaire politique" liée à ses articles, selon ses proches. Mercredi, le procureur général du roi près le Tribunal de première instance de Rabat a détaillé, dans un long communiqué, les éléments médicaux confirmant à la fois ses "signes de grossesse" et son "avortement volontaire tardif".

Le magistrat explique faire cette mise au point en réponse à ceux qui ont "dénaturé" les faits en "prétendant que la journaliste a été visée en raison de son appartenance à une entreprise médiatique".

"La poursuite en justice de la personne concernée n'a rien à voir avec sa profession de journaliste, mais a trait à des faits considérés par le code pénal comme des crimes", a-t-il souligné dans son communiqué.

 

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L'affaire a suscité l'indignation dans les médias et sur les réseaux sociaux, avec des réactions tournant autour du droit à la vie privée, des libertés individuelles et du droit des femmes à disposer de leurs corps.

Le syndicat national de la presse marocaine (SNPM) a exprimé sa "profonde préoccupation" en condamnant la "campagne de diffamation malveillante" menée par des médias qui ont publié des éléments médicaux à charge.

La loi marocaine punit l'interruption volontaire de grossesse (IVG) de six mois à cinq ans de prison sauf quand la santé de la mère est en danger.

Les associations locales militant pour sa légalisation estiment que 600 à 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, dans des conditions sanitaires parfois désastreuses.

Notons que le patron de son journal, Touafik Bouachrine, a été condamné fin 2018 à 12 ans de prison ferme dans une affaire d'agression sexuelle actuellement jugée en appel à Casablanca. Lui aussi a dénoncé un "procès politique" en démentant les accusations d'agressions sexuelles le visant.

AFP