Fouad Laroui, membre de la CSMD: « Je ne pouvais pas me défiler »

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L’écrivain Fouad Laroui a été désigné par le roi Mohammed VI membre de la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement (CSMD). Dans un entretien à la MAP, Laroui met en lumière la vision et les objectifs de la Commission, ainsi que l’originalité de l’approche de concertation et d’audition adoptée par la CSMD et les principaux piliers du modèle de développement en cours de conception.

Comment avez-vous intégré cette Commission ?

Le 12 décembre 2019, Chakib Benmoussa m’a appelé chez moi à Amsterdam et m’a appris que j’avais été désigné par le roi pour faire partie de la CSMD. J’ai répondu que c’était un grand honneur et une grande responsabilité. Le lendemain je prenais l’avion pour venir assister à l’ouverture solennelle des travaux à Rabat.

Certains m’ont demandé pourquoi j’avais accepté cette mission. La raison en est simple: je ne peux pas passer ma vie à donner mon avis sur tout ce qui se passe dans mon pays puis me défiler le jour où on me dit: « Eh bien, venez donc essayer de changer les choses! ». Critiquer, c’est bien, mais se cantonner dans la critique, c’est trop facile. Je dois dire que je suis très content maintenant d’avoir pris cette décision car cette Commission compte dans ses rangs des gens très compétents, sympathiques, patriotes et qui ont la ferme volonté de travailler dur pour améliorer les choses. Franchement, j’ai rarement vu de ma vie un groupe aussi enthousiaste et motivé. Je suis parfaitement à l’aise parmi eux. Les discussions sont franches, détaillées et toujours marquées par un profond respect les uns pour les autres.

Que pouvez-vous nous dire sur la vision et les objectifs de la commission ?

La création de cette Commission s’est faite suite à trois discours royaux qui donnent en somme une feuille de route. C’est la base sur laquelle on travaille. Pour l’instant, nous sommes dans une position d’écoute sérieuse et attentive. Nous avons rencontré les partis politiques (y compris ceux qui ne sont pas représentés au Parlement), les syndicats, Bank Al-Maghrib, l’Autorité de la Concurrence, le CNDH, les Chambres de commerce, etc…Nous avons tout juste commencé, rien ne s’est encore cristallisé et c’est normal puisque nous sommes surtout en train d’écouter et de réfléchir. Idéalement, nous aimerions bien entendre l’ensemble des Marocains…

L’homme, le citoyen, est le pilier sur lequel reposera le modèle de développement, dit-on parfois. Cela émane-t-il d’une conviction personnelle ou bien d’une concertation collective ?

Les deux. Pour moi c’est même profondément philosophique. Comme disait Sartre: « Il n’y a que des individus ». Ces individus forment ensuite une société et c’est sur cette base-là qu’on construit tout le reste. Cette pensée est partagée par les membres de la commission et par tous ceux qu’on a entendus. Qu’il faille placer le citoyen au centre du modèle est une conviction qui fait donc l’unanimité. Mais le contrat social proprement dit, qui n’est qu’un accord a minima, n’est qu’un début. Il faut passer à quelque chose de plus ambitieux, de plus exaltant, de l’ordre du pacte national.

 

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Les membres de la commission ont également écouté quelques habitants des régions enclavées, quel impact ces rencontres auront-elles sur la conception du nouveau modèle de développement ?

Je ne vais pas trahir de secret en disant que quand on va dans des endroits pareils et quand on parle aux gens du cru, on en revient transformé. Vraiment transformé. On ne peut pas produire une nouvelle vision des choses en se contentant de rester à Rabat et de faire des analyses purement théoriques. Il faut aller vers les gens de tout âge et de toute position sociale. Tous les Marocains, sans exception, doivent participer à l’élaboration de ce nouveau modèle. Le chiffre est d’ailleurs symbolique: 35 membres de la commission pour 35 millions de marocains. Et ça rappelle les 350.000 Marocains qui sont allés récupérer notre Sahara…

Il faut bien comprendre que c’est ce mouvement de concertation et d’audition qui constitue une nouvelle façon de créer un modèle. Idéalement on aimerait à l’arrivée, au mois de juin, que chaque Marocain se retrouve dans le modèle de développement que nous allons proposer. C’est une belle ambition, n’est-ce pas?

Qu’en est-il de la vision du modèle de développement esquissée par la CSMD à l’issue de plusieurs semaines de concertations avec toutes les forces vives de la nation ?

Par devoir de réserve, je ne peux pas entrer dans les détails. Mais je peux vous rassurer: après quatre semaines intensives de concertations, de consultations, de visites sur le terrain un peu partout au Maroc, la vision commence à s’éclaircir et des lignes de forces commencent à apparaître.

La Commission et l’ensemble des acteurs qui l’accompagnent (qui réagissent parfois d’une manière spontanée en nous adressant des messages, des suggestions et des préconisations…) vivent une expérience passionnante et exaltante. J’ai parfois le sentiment que c’est une nouvelle Marche Verte… J’espère que ce sera un nouveau départ pour ce pays qui est le nôtre et dont personne d’autre que nous n’a la charge.