Entre moutons dévalués et villes reconfinées, un Aïd El-Adha morose en perspective

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A quelques jours de la Fête du Sacrifice, les éleveurs sont frappés par une double peine: la baisse de la demande due à la crise économique, mais également la contrainte du reconfinement subie par huit grandes villes du royaume. 

Entre crise économique et reconfinement de certaines villes, l’Aïd El-Adha 2020 s’annonce morose pour les Marocains. A quelques jours de sa célébration, la loi de l’offre et de la demande ne fait pas de cadeau aux éleveurs qui se voient obligés de brader leur bétail face à la raréfaction de la demande. Dans plusieurs lieux de vente de la région de Casablanca-Settat, les prix variaient entre 1.500 et 2.500 DH pour les meilleurs moutons, et ne dépassaient pas 700 DH pour les petits caprins, rapporte L’Économiste dans son édition du jour.

Peu d’actes d’achat, la plupart des visiteurs venus seulement pour prendre « la température du marché ». Les éleveurs espèrent que la tendance s’inversera prochainement alors même que le « versement des salaires et aides de l’Etat » est « attendu en ce début de semaine ».

Toutefois, l’annonce imminente dimanche soir de reconfiner huit villes du pays (Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Casablanca, Berrechid, Settat et Marrakech) est tombée comme un véritable coup de massue pour les éleveurs mais aussi pour les autres secteurs professionnels qui essayent tant bien que mal de sortir la tête de l’eau depuis le déconfinement en juin dernier (tourisme, restauration, hôtellerie…).

 

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Cette décision jugée « hâtive » par beaucoup a plombé un peu plus l’ambiance alors que la plupart des citoyens avaient déjà voyagé vers le lieu où ils passeraient l’Aïd. Pris au dépourvu, les citadins notamment se sont retrouvés face à un dilemme entre rentrer dans leurs villages d’origine ou rester. D’autant plus que ce sont généralement les commerçants et ouvriers du bâtiment travaillant dans les grandes villes qui assurent le mouton à leur famille, rappelle le quotidien. Certains vont même jusqu’à souhaiter une annulation totale du rituel, ce qui pénaliserait lourdement les agriculteurs déjà affaiblis par cette période de sécheresse.

De plus, les huit villes reconfinées se situent dans l’axe Tanger-Casablanca-Marrakech qui concentre plus de la moitié de l’offre en ovins et caprins, souligne L’Économiste, soit un total de 4,6 millions de bêtes, soit l’équivalent de la totalité de l’effectif abattu le jour de l’Aïd El-Adha.

Pour rappel, les ministères de l’Intérieur et de l’Agriculture ont édité la semaine dernière un «guide pratique pour le respect des mesures sanitaires préventives dans l’organisation de l’Aïd Al-Adha». Il s’agit d’organiser l’événement dans sa globalité « avec l’observation stricte des mesures sanitaires préventives des risques de contamination du covid-19, ainsi que la gestion des activités liées à cette occasion, avant et pendant l’Aïd ».

Le guide détaille aussi « les mesures complémentaires spécifiques aux souks temporaires additionnels pour l’Aid Al Adha, les dispositions à prendre le jour de l’Aid par les abatteurs (guezzara) et par les différents citoyens, ainsi que les dispositions pour les métiers conjoncturels autour de l’événement ».