Emploi: quand le Covid gâche le rêve des jeunes

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La crise sanitaire et économique ont eu pour conséquence de creuser le chômage, en particulier chez les jeunes. Trois jeunes se livrent à H24Info, et reviennent sur leur licenciement brutal ou encore sur leurs difficultés à trouver un emploi.

1.482.000 de chômeurs au Maroc. Un verdict sans appel que viennent rappeler les derniers chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Un chiffre en hausse en 2020, après trois années de baisse consécutive du taux de chômage qui est passé en un an de 9,4% à 12,7%.

Dans le détail, «près de 8 chômeurs sur 10 (79,5%) résident en milieu urbain, 71,2% sont de sexe masculin, 71,9% sont âgés de 15 à 34 ans et 31,4% sont détenteurs d’un diplôme supérieur», souligne le HCP.

Le taux d’emploi a lui chuté à «37,9% marquant une baisse de 2,8 points par rapport au T3-2019», poursuit la même source, notant que les catégories les plus impactés sont «les jeunes et les femmes».

 

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Notre première interlocutrice fait justement partie de ces deux dernières catégories. Fatine*, trentenaire, a décidé de se lancer dans une reconversion professionnelle, après avoir travaillé cinq ans dans une multinationale à Casablanca, en tant que conseillère financière.

«Je rêvais de changer de secteur et après cinq ans au sein de la boîte, je me suis dit que c’était le moment propice pour franchir le pas, bien que je voyais que ça n’allait pas être évident», nous confie-t-elle.

Très peu d’offres sur le marché

Bien décidée à changer d’orientation, Fatine a déposé sa démission, mais s’aperçoit très vite que les offres qu’on lui avait proposées venaient d’expirer avec le confinement. Peu après, Fatine a retrouvé un nouveau travail dans le secteur de l’immobilier. Mais après seulement quelques mois, sa nouvelle entreprise décide de licencier plusieurs de ses employés, dont Fatine.

Aujourd’hui, elle cherche toujours du travail et enchaine les entretiens d’embauche essentiellement par visioconférence, nous explique-t-elle. «Ceci rend la tâche d’autant plus compliquée, car au-delà des éventuels problèmes techniques qui peuvent surgir, l’entretien est moins humain, moins spontané», affirme t-elle.

Kenza, jeune journaliste à Casablanca, a elle aussi récemment été licenciée. «C’est arrivé fin juin, nous avons tous été pris de court, car l’annonce a été faite seulement une semaine avant que l’entreprise ne baisse le rideau», s’indigne la journaliste. Et de souliger: «des efforts surtout financiers ont été fournis par toute l’équipe à qui ont été amputés 27% de leur salaire, alors qu’à ce moment-là l’hypothèse d’une fermeture du site n’avait nullement été évoquée».

Par chance, Kenza a retrouvé rapidement retrouvé du travail car «(elle) avait reçu deux autres offres avant d’intégrer cette rédaction-là». Néanmoins, la journaliste souligne que «la tâche a été plus compliquée pour ses anciens collègues».

Trouver un travail semble être une tâche encore plus difficile pour les jeunes diplômés. Ilyas*, lauréat de la promotion 2020 de l’Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement Technique de Mohammedia (ENSET), a entamé ses recherches cette même année, «après avoir pris un petit mois pour se reposer avant de se lancer sur le marché du travail», nous explique-t-il.

 

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«À partir du mois d’août j’ai commencé à postuler à droite, à gauche, mais je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait pas assez d’opportunités que les années précédentes, où j’ai tout de même effectué des stages en entreprise», explique Ilyas. «Si je parvenais à trouver une offre d’emploi, elle est surtout dirigée vers ceux ayant déjà une expérience de 2 à 5 ans, et les offres pour les jeunes diplômés sont quasiment inexistantes», constate amer notre interlocuteur.

Toutefois, «j’ai constaté que durant le début du mois de novembre, l’activité et les offres d’emploi reprenaient petit à petit. Et j’ai d’ailleurs récemment passé un entretien», se réjouit notre interlocuteur qui dit «enfin apercevoir une lumière au bout du tunnel».

*LES PRÉNOMS DES PERSONNES CITÉES ONT ÉTÉ MODIFIÉS