Entre confinement et dysfonctionnements, le bac suspendu au coronavirus

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Hors de question pour le ministère de l’Education nationale d’annuler les épreuves du baccalauréat. Trois scénarii sont envisagés, mais les trois ne semblent pas convaincre les syndicalistes qui pointent d’importants dysfonctionnements.

Voilà près d’un mois que les cours ont été suspendus au Maroc. Depuis, un programme d’enseignement à distance a été mis en place par le ministère de l’Education nationale. Faisant son éloge dans un premier temps, le ministre Said Amzazi a tout de même relevé les dysfonctionnements de ce programme jugé inégalitaire.

Une chose est sûre cependant: le ministère n’envisage aucunement d’annuler les épreuves du brevet ni du baccalauréat, comme cela a été le cas en France, où l’on a opté pour la suppression des épreuves, remplacées par le contrôle continu. Mesure qui a également été prise par les établissements français au Maroc.

 

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Contactés par H24Info, les secrétaires généraux du syndicat national de l’enseignement, affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT) et de la Fédération nationale de l’enseignement (FNE) s’opposent fermement à la piste du contrôle continu. Pour Abdelghani Raki du syndicat national de l’enseignement, «il est impossible d’annuler les épreuves du baccalauréat, car le contrôle à lui seul ne suffit pas et n’est pas réalisable dans notre contexte». Un avis partagé par Abderrazzak Drissi de la FNE, qui pointe les «dysfonctionnements importants de ce programme d’enseignement à distance».

Un programme inégalitaire

Si le ministère se félicitait dans un premier temps du déploiement rapide de ce programme, une autocritique s’est imposée rapidement. «La communication faite par le ministre a pris un tournant à un moment donné. Avec le temps, il lui était impossible de cacher la réalité du terrain. Il a alors corrigé ses déclarations, en évoquant les importants dérèglements dans le secteur privé, et surtout ceux contenus dans le programme d’enseignement à distance du secteur public qui demeure disparate et ne garantit pas l’égalité des chances», affirme Abderrazzak Drissi.

Selon le syndicaliste, ce programme «n’a pas donné les résultats escomptés, ni dans le milieu rural, ni urbain, ni dans le secteur privé, ni dans le public». Pourtant, le ministre Said Amzazi venait encore se réjouir de la réalisation de «75% du programme scolaire par nos établissements publics à travers le royaume et ce, avant même le 16 mars, date de la suspension des cours en salle de classe».

«Un chiffre qui n’est pas assez précis» pour Abdelghani Raki qui souligne que «cela n’équivaudrait en réalité qu’au premier semestre et ce pourcentage est encore insuffisant». Plus encore, pour Abderrazzak Driss, «ce chiffre ne peut pas être appliqué à l’ensemble du royaume. Il est variable d’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre, bien qu’ils soient dans la même région, et des fois même d’un enseignant à un autre au sein d’un même établissement».

 

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Une réalité prise en compte par le ministre qui à ce jour propose trois scénarii différents. Le premier serait dans l’optique où la date de déconfinement, prévue (pour l’instant) le 20 avril, soit maintenue. Ainsi, le ministère promet de dispenser des cours accélérés et de soutien aux élèves, «afin de réduire le fossé entre le milieu urbain et le rural». Ceci mènerait, selon le ministre, à un décalage de seulement une semaine par rapport à la date prévue. Les deux autres options dépendraient de la durée de rallongement du confinement dans le pays, pouvant aller jusqu’à la célébration de l’Aid al Fitr ou encore jusqu’au mois de juin, expliquait-il.

Aucune visibilité sans déconfinement

Mais il est encore trop tôt pour explorer ces pistes affirment les syndicalistes. Abdelghani Raki estime que «ce n’est qu’après la levée du confinement que nous pourrons discuter des mesures à prendre». De plus, si ces disparités ne sont pas corrigées, «on en viendrait à sacrifier des élèves, ce qui est inconcevable» s’insurge-t-il.

Pour le moment, «le plus important est que les élèves ne ratent pas leurs cours», poursuit Abdelghani Raki et pour ce faire, «nous aurons besoin de beaucoup de temps pour rattraper le programme», étaye Abderrazzak Drissi. Pour le premier, «s’il le faut, les cours devraient même être prolongés durant les vacances d’été et faire en sorte que la rentrée scolaire 2020/2021 soit décalée jusqu’à ce que le programme de l’année courante soit achevé».

Il semblerait que toutes les hypothèses obligent les écoles et les établissements de l’enseignement supérieur à changer eux aussi la date des concours d’accès. Une décision déjà prise par le ministère qui a reporté tous les concours.