Docteur Zouhair Lahna:«Je ne pratiquerai plus au Maroc»

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Après une vingtaine d’années de travail au Maroc, pendant lesquelles il a mené des formations dans tout le pays, Docteur Lahna, connu pour son travail humanitaire, a décidé aujourd’hui de ne plus pratiquer dans son pays natal, « au moins pour un long moment ».

Docteur Lahna a décidé de suspendre ses activités au Maroc. Le médecin, qui a consacré 3 années de sa vie à former gratuitement 600 sages femmes issues de différentes régions et qui est connu pour son travail humanitaire notamment à Gaza et en Syrie, a décidé de ne plus pratiquer au Maroc. Lahna explique qu’il s’agit d’une décision mûrement réfléchie qui vient à la suite de tous les dysfonctionnements observés dans le secteur de la santé. Deux événements majeurs ont toutefois influencé sa décision.

« Une assistante sociale m’a appelé pour me prévenir du cas d’une patiente issue d’une ville du Moyen Atlas qui a un fibrome et que les médecins sur place ne veulent pas traiter. Ces médecins, je suis venu les former il y a un an et ils n’ont montré aucun intérêt à mon travail. Aujourd’hui on me dit que certains de leurs patients ne sont pas opérés et qu’ils sont envoyés dans des hôpitaux où on ne les opère pas non plus », s’interroge le médecin.

Et d’ajouter : « Le deuxième événement était celui d’un décès maternel auquel j’ai assisté et qui a résulté d’une hémorragie due à un retard dans la prise de décision et de l’inefficacité de l’action ». Selon Lahna, ces deux événements témoignent du problème de formation des médecins marocains. Ces médecins ne disposent pas non plus du matériel essentiel au bon déroulement de leurs interventions.

 

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« Les opérations sur les femmes, en dehors des urgences, ne se font pas. On n’a pas les bases pour faire des diagnostics en bonne et due forme, on n’a pas de monitroing pour protéger les nouveau-nés, etc. Rien n’est fait concrètement pour changer les choses, il y a un laisser-aller incroyable et je commence à croire que c’est peut-être voulu ».

Lahna se dit être conscient qu’il y a un bon nombre de médecins qui se débrouillent avec le minimum de matériel, mais que « cette stratégie pèse lourd sur la vie des patients ». Ces derniers se tournent de plus en plus vers les cliniques privées, qui ne sont pas accessibles pour les démunis.

Lahna critique aussi la stratégie des « caravanes » et « campagnes médicales », des stratégies ponctuelles qui « n’ont jamais soigné ». « On ne soigne pas les gens quand on en a envie. Ces personnes ont besoin de soins en continu. On ne peut pas dire aux personnes qui se font mordre par les scorpions dans le désert d’attendre les caravanes », s’insurge-t-il.

 

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Pour ses projets, Lahna prévoit de s’installer au Moyen-Orient pour travailler sur le monde arabe tout en se déplaçant pour des missions à Paris. « Au bout d’un moment on n’en peut plus. Il faut aller là où on sera aidés. Je pourrais revenir au Maroc, mais un peu plus tard, pour l’instant je suis usé », se désole-t-il.

Les étudiants en médecine

Interrogé sur le combat des étudiants en médecine, Zouhair Lahna estime que ce mouvement devait être lancé en 2015 avant l’ouverture de la faculté privée. « Comme ça elle n’aurait même pas ouvert ses portes. Maintenant qu’elle est ouverte, elle va poursuivre ses activités parce qu’il y a de la demande ».

Zouhair Lahna considère par ailleurs le combat des étudiants de médecine pour le résidanat comme un combat logique. Toutefois, il considère plus intéressant de se battre pour une meilleure qualité de formation. « Le but est-il juste de devenir spécialiste ou d’être un bon spécialiste? Il faudrait qu’ils se battent pour être mieux formés… Oui il y a de bons médecins au Maroc, mais j’ai côtoyé plusieurs spécialistes qui n’ont pas bien été formés ».